{"id":319,"date":"2012-01-02T14:51:39","date_gmt":"2012-01-02T14:51:39","guid":{"rendered":"https:\/\/bkpdefunts.smainternational.info\/?p=319"},"modified":"2024-02-12T14:21:40","modified_gmt":"2024-02-12T14:21:40","slug":"le-pere-denys-bellut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/?p=319","title":{"rendered":"Le P\u00e8re Denys BELLUT"},"content":{"rendered":"<p><strong>Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines \u2013 Province de Lyon<\/strong><\/p>\n<table style=\"height: 17px; width: 743px;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-318\" src=\"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/bellut_denis.jpg\" alt=\"bellut denis\" width=\"113\" height=\"141\" \/><\/td>\n<td>n\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 1925 \u00e0 Nanterre<br \/>dans le dioc\u00e8se de Nanterre<br \/>membre de la SMA le 27 octobre 1947<br \/>pr\u00eatre le 12 f\u00e9vrier 1951<br \/>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 2 janvier 2012<\/td>\n<td>\n<p>1951-1955 Cotonou, professeur au coll\u00e8ge Aupiais<br \/>1955-1958 Cotonou, vicaire \u00e0 Notre-Dame<br \/>1958-1966 Cotonou, cur\u00e9 fondateur du Sacr\u00e9-C\u0153ur<br \/>1966-1974 Cotonou, sup\u00e9rieur r\u00e9gional<br \/>1974-1978 Paris, secr\u00e9taire provincial<br \/>1978-1993 Abomey-Calavi (Cotonou), cur\u00e9<br \/>1994-1996 Montferrier, responsable<br \/>1997-1999 Sacr\u00e9-C\u0153ur, (Cotonou), cur\u00e9<br \/>1999-2001 Mandelieu-la-Napoule (Nice) pr\u00eatre auxiliaire<br \/>2002-2007 Puget-Th\u00e9niers (Nice), paroisse<br \/>2007-2012 Montferrier, retrait\u00e9<\/p>\n<p>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez, le 2 janvier 2012,<br \/>\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Le p\u00e8re Denys BELLUT (1925-2012)<\/p>\n<p>Une voix qui portait loin\u2026 une autorit\u00e9qui savait se faire respecter\u2026 Un confr\u00e8re t\u00e9moigne : \u00ab\u00a0Durant l&rsquo;ann\u00e9e 1991\/1992, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois Denys Bellut. Pour \u00eatre bref, je trouve que la parole de J\u00e9sus \u00e0 l&rsquo;endroit de Nathana\u00ebl (Jean 1, 47) \u00ab\u00a0en lui point d&rsquo;artifice\u00a0\u00bb lui colle parfaitement ! C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion de fun\u00e9railles dans la chapelle de Ou\u00e9to que j&rsquo;ai d\u00e9couvert l&rsquo;homme. Alors que l&rsquo;assembl\u00e9e \u00e9tait en pleurs devant le cercueil, voil\u00e0 que d&rsquo;un coup le p\u00e8re Bellut, tout \u00ab\u00a0enchasubl\u00e9\u00a0\u00bb, bondit hors de la chapelle. En effet des villageois, adeptes du culte vaudou, arm\u00e9s d&rsquo;une radio, tentaient de parasiter la c\u00e9r\u00e9monie avec une musique bien \u00e0 eux. Ils ont eu droit \u00e0 tous les noms d&rsquo;oiseaux et autres esp\u00e8ces que ceux qui connaissent Denys n&rsquo;auront pas de mal \u00e0 imaginer&#8230; Puis reprenant son calme Denys est revenu comme si rien ne s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une famille nombreuse &#8211; onze enfants &#8211; , un papa d&rsquo;abord simple ouvrier qualifi\u00e9, puis ing\u00e9nieur dessinateur \u00e0 l&rsquo;Arsenal de Puteaux, une maman au foyer bien s\u00fbr pour \u00e9lever ses nombreux enfants &#8211; il y a 24 ans de diff\u00e9rence entre la premi\u00e8re, Blandine (1921), et la derni\u00e8re, C\u00e9cile (1945 ), un milieu familial o\u00f9 les chamailleries enfantines ne manquaient pas, une \u00e9ducation chr\u00e9tienne soign\u00e9e, tel est le cadre o\u00f9 va s&rsquo;\u00e9panouir le jeune Denys, le quatri\u00e8me enfant de la famille. Le papa \u00e9crit en 1946 : \u00ab\u00a0On n&rsquo;a jamais d&rsquo;argent devant soi, parce qu&rsquo;il faut tout entier le consacrer aux enfants. [\u2026] Ecole ! Cinq simultan\u00e9ment fr\u00e9quentent l&rsquo;\u00e9cole libre et la cantine. Mais c&rsquo;est une d\u00e9pense sacr\u00e9e, pay\u00e9e pour ainsi dire en priorit\u00e9. [\u2026] On ne va jamais au spectacle, \u00e7a co\u00fbte et \u00e7a disperse. Mais quand les enfants ont grandi, on va chaque ann\u00e9e en vacances \u00e0 la campagne, dans l&rsquo;union et la joie de tous. La famille s&rsquo;\u00e9panouit.\u00a0\u00bb Et Denys ajoute : \u00ab\u00a0Je sais maintenant que papa et maman ont eu bien des soucis pour \u00e9lever tous ces enfants, mais nous n&rsquo;avons jamais eu \u00e0 nous plaindre, nous n&rsquo;avons jamais manqu\u00e9 de l&rsquo;essentiel, et nous vivions heureux entre nous, nous contentant de ce que nous avions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 31 d\u00e9cembre 1925 et fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole paroissiale de Puteaux de 1932 \u00e0 1938. \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais enfant de ch\u0153ur, et chaque matin papa qui allait \u00e0 la messe me r\u00e9veillait pour que je l&rsquo;accompagne. C&rsquo;\u00e9tait la messe de 6 h 30. J&rsquo;y communiais et revenais \u00e0 la maison pour d\u00e9jeuner et partir ensuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Puteaux avec mes fr\u00e8res et s\u0153urs.\u00a0\u00bb Une causerie du p\u00e8re Duhil \u00e0 la salle paroissiale de Puteaux, et une rencontre fortuite avec Victor Mercier, militaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque au mont Val\u00e9rien, \u00e0 la messe du dimanche dans sa paroisse, le font opter pour les Missions Africaines lorsqu&rsquo;il doit commencer ses \u00e9tudes secondaires. Il entre \u00e0 Pont Rousseau en 1938, conna\u00eet le d\u00e9placement \u00e0 la rue du Ballet en 1940, fait la classe de premi\u00e8re au ch\u00e2teau de la Colaissi\u00e8re, au sud d&rsquo;Ancenis \u00e0 cause des bombardements de l&rsquo;aviation alli\u00e9e sur la ville de Nantes, puis retrouve la rue des Naudi\u00e8res pour la classe de terminale en 1944-1945. Apr\u00e8s deux ans au noviciat de Chanly, o\u00f9 il est charg\u00e9, durant la premi\u00e8re ann\u00e9e, lui parisien de banlieue, de l&rsquo;entretien de l&rsquo;\u00e9curie et des vaches, il rejoint le 150, \u00e0 Lyon, pour y faire sa th\u00e9ologie. Plusieurs fois, on retrouve dans son dossier les annotations suivantes : \u00ab\u00a0parents excellents, tr\u00e8s bon milieu familial, bon jugement, tendance \u00e0 \u00eatre autoritaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est ordonn\u00e9 pr\u00eatre par le cardinal Gerlier en f\u00e9vrier 1951, six mois avant la fin de ses \u00e9tudes et re\u00e7oit en ao\u00fbt la nomination suivante : \u00ab\u00a0Le Conseil provincial vous a d\u00e9sign\u00e9 pour le vicariat de Ouidah, o\u00f9 vous \u00eates mis \u00e0 la disposition de Mgr Parisot, vicaire apostolique.\u00a0\u00bb Il est nomm\u00e9 au coll\u00e8ge Aupiais titulaire de la classe de cinqui\u00e8me, o\u00f9 il enseigne le fran\u00e7ais, le latin, la religion et l&rsquo;histoire. Et l&rsquo;ann\u00e9e suivante, en plus, il est charg\u00e9 de l&rsquo;aum\u00f4nerie de la garnison militaire de Cotonou (service religieux le dimanche, visite des malades, des foyers de soldats).<\/p>\n<p>A son retour de cong\u00e9, en 1955, il est tout heureux d&rsquo;apprendre qu&rsquo;il va se retrouver en paroisse, vicaire du p\u00e8re Ibaretta, \u00e0 Notre-Dame de Cotonou, o\u00f9 il sera plus particuli\u00e8rement charg\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole, sa bonne marche, la discipline et les finances, son cur\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rant s&rsquo;occuper des stations secondaires, de la brousse, comme on disait. Il dirige aussi la chorale, car il aimait bien le chant. Sa collaboration avec le p\u00e8re Ibaretta ne lui posa aucun probl\u00e8me et c&rsquo;est ensemble qu&rsquo;ils v\u00e9curent deux \u00e9v\u00e9nements exceptionnels dans la vie de la paroisse, la nomination de Mgr Parisot comme archev\u00eaque de Cotonou en 1955 et la promotion \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat de Mgr Bernardin Gantin en 1956. En juillet 1957, le p\u00e8re Ibaretta part en cong\u00e9, et c&rsquo;est l&rsquo;abb\u00e9 Mo\u00efse Durand, cur\u00e9 de Bohicon et doyen des pr\u00eatres b\u00e9ninois, qui est nomm\u00e9 cur\u00e9 de la cath\u00e9drale Notre-Dame. Quant \u00e0 Denys Bellut, contre toute attente, il est nomm\u00e9 \u00e0 Zagnanado, village de Mgr Gantin, \u00e0 150 km de Cotonou. Contre toute attente, parce que depuis plus d&rsquo;une ann\u00e9e, avec le P\u00e8re Ibaretta, ils avaient commenc\u00e9 la construction d&rsquo;une \u00e9glise \u00e0 Akpakpa, sur le territoire de la paroisse, parce que tout le monde attendait la cr\u00e9ation d&rsquo;une nouvelle paroisse sur ce site, et parce que chacun \u00e9tait s\u00fbr de la nomination de Denys Bellut \u00e0 ce poste. Finalement, il n&rsquo;ira pas \u00e0 Zagnanado, mais c&rsquo;est seulement au bout de presque une ann\u00e9e qu&rsquo;il est nomm\u00e9 \u00e0 Akpakpa, ann\u00e9e au cours de laquelle, \u00e0 Notre-Dame, le nouveau cur\u00e9, l&rsquo;abb\u00e9 Durand, et l&rsquo;ancien vicaire, le p\u00e8re Denys Bellut se sont bien entendus, malgr\u00e9 une diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge de trente ans.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en juillet 1958 qu&rsquo;il s&rsquo;installe dans la paroisse nouvellement fond\u00e9e sous le vocable du Sacr\u00e9-C\u0153ur. En plus de l&rsquo;\u00e9glise et du presbyt\u00e8re, il lui faut aussi construire une maison pour les s\u0153urs de l&rsquo;Education Chr\u00e9tienne qui viennent s&rsquo;installer sur la paroisse, ainsi que les trois derni\u00e8res classes de l&rsquo;\u00e9cole des gar\u00e7ons. Il retarde m\u00eame son cong\u00e9 d&rsquo;une ann\u00e9e pour laisser au p\u00e8re Grenot, qui va assurer l&rsquo;int\u00e9rim pendant son absence, une paroisse d\u00e9j\u00e0 bien structur\u00e9e et organis\u00e9e. Pendant son cong\u00e9 en 1960, il apprend que le sup\u00e9rieur r\u00e9gional avait d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;installer sur le terrain de la mission d&rsquo;Akpakpa et d&rsquo;y construire la maison r\u00e9gionale, comme pr\u00e9vu dans les nouveaux statuts. Il pense alors que le p\u00e8re Grenot, vice r\u00e9gional, deviendrait de fait le nouveau cur\u00e9 de la paroisse et qu&rsquo;il allait recevoir une nouvelle nomination. De fait, il va recevoir une nouvelle nomination, mais c&rsquo;est celle de vice r\u00e9gional, le p\u00e8re Grenot ayant d\u00e9missionn\u00e9 de sa charge. Son mandat lui est renouvel\u00e9 en 1964, avec le p\u00e8re Bothua comme r\u00e9gional. Ce dernier part en cong\u00e9 en 1966 et meurt en France, et Denys Bellut est nomm\u00e9 r\u00e9gional, charge qu&rsquo;il va remplir jusqu&rsquo;en 1974. Il laisse alors la direction de la paroisse d&rsquo;Akpakpa au p\u00e8re Germain Flouret.<\/p>\n<p>Dans sa lettre de nomination, on lit : \u00ab\u00a0Charge d\u00e9licate et importante qu&rsquo;avec la gr\u00e2ce de Dieu et les lumi\u00e8res de l&rsquo;Esprit-Saint, vous remplirez certainement encore avec beaucoup de z\u00e8le, de patience et de compr\u00e9hension, tant aupr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9piscopat et du Conseil provincial que parmi vos confr\u00e8res.\u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 on demandait de faire des contrats avec les \u00e9v\u00eaques. Il \u00e9crit lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Les \u00e9v\u00eaques africains avaient cette position : mais o\u00f9 est le probl\u00e8me ? Avec vous, on ne va tout de m\u00eame pas faire des contrats ! Vous \u00eates des n\u00f4tres, vous \u00eates nos p\u00e8res dans la foi ! et il fut impossible de parler contrat.\u00a0\u00bb Il devait parfois se montrer diplomate, mais ses rencontres avec les \u00e9v\u00eaques furent toujours amicales, sans anicroche. Il \u00e9crit : \u00ab\u00a0L&rsquo;essentiel de mon travail \u00e9tait tout trac\u00e9 par les Constitutions et le Directoire, mais son application souvent d\u00e9licate. J&rsquo;avais heureusement la r\u00e9f\u00e9rence qui m&rsquo;\u00e9tait comme instinctive : le p\u00e8re Bothua qui avait si bien r\u00e9ussi dans son contact avec les confr\u00e8res : \u00ab\u00a0Si Bothua devait r\u00e9gler cela, que ferait-il ?\u00a0\u00bb Il est r\u00e9gional pendant 8 ans, et c&rsquo;est le p\u00e8re Andr\u00e9 Desbois qui va le remplacer. La Province lui demande alors de devenir secr\u00e9taire provincial et \u00e9conome de la maison de la rue Hidalgo.<\/p>\n<p>Il accepte cette nomination en disant : \u00ab\u00a0C&rsquo;est un gros morceau, et je me demande s&rsquo;il faut \u00eatre inconscient ou pr\u00e9somptueux pour l&rsquo;accepter. Enfin, je m&rsquo;en remets \u00e0 votre d\u00e9cision. Personne n&rsquo;est bon juge dans sa propre cause, et j&rsquo;accepte puisque vous pensez que je peux faire l&rsquo;affaire. [\u2026] Je vais \u00eatre trait\u00e9 de l\u00e2cheur d&rsquo;abandonner le Dahomey, mais j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;y passer 23 ans, beaucoup d&rsquo;autres ne l&rsquo;ont pas eue. J&rsquo;accepte non par esprit de sacrifice, d&rsquo;abn\u00e9gation, mais en esprit fraternel, persuad\u00e9 que l\u00e0 encore je pourrai remplir un r\u00f4le missionnaire.\u00a0\u00bb Ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9couvert \u00e0 cette \u00e9poque ont pu appr\u00e9cier son esprit de service, son dynamisme, m\u00eame si parfois son temp\u00e9rament un peu sec pouvait surprendre. En juillet 1978, dans sa lettre de remerciement, le p\u00e8re Domas, provincial, \u00e9crit : \u00ab\u00a0Merci pour tout ce que tu as apport\u00e9 \u00e0 ceux qui ont v\u00e9cu avec toi, ton travail, ton amiti\u00e9, ton habilet\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu, ton humour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De retour au B\u00e9nin en octobre 1978, nomm\u00e9 cur\u00e9 d&rsquo;Abomey-Calavi, il ne tarde pas \u00e0 rentrer dans l&rsquo;esprit de la r\u00e9volution b\u00e9ninoise (!) ; en effet il signe une lettre envoy\u00e9e au Conseil provincial par les initiales suivantes : p.p.l.r. et l.l.c. Il ajoute qu&rsquo;il y a toute une s\u00e9rie de sigles que les \u00e9l\u00e8ves doivent apprendre pour le certificat et il traduit : \u00ab\u00a0pr\u00eat pour la r\u00e9volution et la lutte continue\u00a0\u00bb. Il entreprend la construction d&rsquo;une nouvelle \u00e9glise et ne m\u00e9nage pas ses forces au service de sa paroisse. C&rsquo;est sans doute pour cela que ses paroissiens ne sont pas avares pour lui t\u00e9moigner leurs sentiments. Il \u00e9crit en novembre 1982 apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration de sa f\u00eate dans la paroisse : \u00ab\u00a0Je suis toujours surpris de voir de telles manifestations d&rsquo;affection de la part de mes paroissiens que pourtant je ne m\u00e9nage pas.\u00a0\u00bb Il ajoutera m\u00eame quelques ann\u00e9es plus tard dans une autre lettre, dans laquelle il remercie Dieu de lui avoir donn\u00e9 un caract\u00e8re heureux qui lui permet de s&rsquo;\u00e9panouir dans sa vocation : \u00ab\u00a0Je ne me fais pourtant pas d&rsquo;illusions, je ne suis pas marrant tous les jours !\u00a0\u00bb Volontiers frondeur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des d\u00e9cisions gouvernementales, il reprend les processions au cimeti\u00e8re le jour de la Toussaint pour aller b\u00e9nir les tombes ; il organise une procession du Saint-Sacrement le jour de la f\u00eate de la paroisse, et il \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;avais gagn\u00e9 une bataille. [\u2026] Cette victoire remport\u00e9e \u00e0 Calavi fit en quelque sorte jurisprudence, et les cur\u00e9s des autres paroisses, dans la brousse comme \u00e0 Cotonou, obtinrent l&rsquo;autorisation d&rsquo;organise des processions pour la F\u00eate-Dieu ou des manifestations paroissiales.<\/p>\n<p>En 1987, il y a sur la paroisse le gros chantier du futur centre Br\u00e9sillac dont les travaux sont confi\u00e9s au fr\u00e8re Paul Flageul. L&rsquo;inauguration a lieu \u00e0 l&rsquo;automne 1988 ; il participe \u00e0 la pr\u00e9paration de la f\u00eate et il avoue que les habitants de Calavi sont tr\u00e8s fiers d&rsquo;avoir un \u00ab\u00a0s\u00e9minaire\u00a0\u00bb sur leur paroisse. A cette \u00e9poque, il est \u00e0 Calavi depuis dix ans d\u00e9j\u00e0, et quand il dit \u00e0 Mgr Adimou, l&rsquo;archev\u00eaque de Cotonou, puis \u00e0 Mgr de Souza, son coadjuteur, qu&rsquo;il va leur pr\u00e9senter sa d\u00e9mission conform\u00e9ment aux directives de la SMA, l&rsquo;un et l&rsquo;autre lui r\u00e9pondent qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;il quitte Calavi. Il va y rester encore 5 ans et son activit\u00e9 ne faiblit pas. En janvier 1990, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai repris contact avec les 11 villages que je dessers. [\u2026] Je me suis remis au travail mat\u00e9riel : j&rsquo;envisage la construction de deux chapelles et la r\u00e9fection totale de la toiture d&rsquo;une troisi\u00e8me.\u00a0\u00bb A cette \u00e9poque, il a Germain Flouret pour le seconder et bient\u00f4t Jacques Lalande va les rejoindre.<\/p>\n<p>On ne peut pas tourner la page de Calavi sans parler de l&rsquo;histoire d&rsquo;Emmanuel. Pour cela, laissons la parole au p\u00e8re Bellut lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Le soir du 1er mai 1990, apr\u00e8s le cat\u00e9chisme et la r\u00e9citation du chapelet \u00e0 Som\u00e9, Emmanuel accompagne en v\u00e9lo jusqu&rsquo;\u00e0 sa maison Romaine, une de ses compagnes du cat\u00e9chisme qui habite assez loin et se trouve seule \u00e0 rejoindre son village. A son retour, il fait d\u00e9j\u00e0 nuit ; des f\u00e9ticheurs le guettent, se jettent sur lui et l&#8217;emm\u00e8nent au couvent. Le cat\u00e9chiste me pr\u00e9vient dans la nuit. Je me rends au couvent le matin pour expliquer qu&rsquo;Emmanuel est cat\u00e9chum\u00e8ne, et qu&rsquo;il doit \u00eatre baptis\u00e9 un mois plus tard. Rien \u00e0 faire. Je vais voir les gendarmes. [\u2026] Monseigneur de Souza m&rsquo;introduit aupr\u00e8s du ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur. [\u2026] Les f\u00e9ticheurs ne c\u00e8dent pas. La premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai aper\u00e7u Emmanuel apr\u00e8s sa sortie du couvent, alors que je me rendais chez lui, il s&rsquo;est cach\u00e9 dans une chambre. Quand une seconde fois je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 sur le chemin, il s&rsquo;est enfui. Ses camarades, ses cousins, son fr\u00e8re ont repris contact avec lui ; petit \u00e0 petit la peur l&rsquo;a quitt\u00e9 et il a retrouv\u00e9 la paix. [\u2026] Quelques jours avant P\u00e2ques 1991, je passais non loin de chez lui, il se trouvait sur le bord de la route. [\u2026] Je lui dis : C&rsquo;est \u00e0 toi de nous dire ce que tu veux, si nous devons t&rsquo;appeler Emmanuel ou Aloya. Sans l&rsquo;ombre d&rsquo;une h\u00e9sitation, il m&rsquo;a r\u00e9pondu : Je m&rsquo;appelle Emmanuel et je suis chr\u00e9tien ; ce n&rsquo;est pas moi qui ai voulu \u00eatre vodunsi. Peu apr\u00e8s, son papa est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, puis sa maman. [\u2026] J&rsquo;ai pris la pr\u00e9caution d&rsquo;\u00e9loigner Emmanuel d&rsquo;Ou\u00e9ga. [\u2026] Aujourd&rsquo;hui, Emmanuel est libre, il sera bient\u00f4t baptis\u00e9 et fera sa premi\u00e8re communion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 1er janvier 1994, il devient sup\u00e9rieur de la maison de retraite de Montferrier et c&rsquo;est lui qui inaugure la nouvelle organisation de la maison, avec une directrice pour la maison de retraite, et lui sup\u00e9rieur de la maison au niveau de la SMA. D\u00e9limiter les pr\u00e9rogatives de chacun n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile au d\u00e9but et cela a engendr\u00e9 quelques heurts et quelques \u00e9changes de courrier, d&rsquo;autant plus que le caract\u00e8re du p\u00e8re Denys est du genre de ceux qui aiment les choses claires et les limites bien d\u00e9finies. Heureusement pour lui, au bout de trois ans, il sera lib\u00e9r\u00e9 de ce poste et pourra retrouver, au B\u00e9nin, la paroisse du Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e0 Cotonou, celle-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;il avait fond\u00e9e en 1958. Il trouve l\u00e0 une mission qui vivait des moments difficiles. Il ne fut pas long \u00e0 remettre les choses en ordre, en commen\u00e7ant par reconstituer un conseil pastoral paroissial sans aucune charge mat\u00e9rielle, un conseil financier et un comit\u00e9 des f\u00eates. Puis, il doit s&rsquo;occuper de tous les probl\u00e8mes mat\u00e9riels. Bien vite, il commence des travaux, boucher des trous dans la toiture de l&rsquo;\u00e9glise et du presbyt\u00e8re, cr\u00e9pir le pignon de la maison, construire une nouvelle sacristie ; il envisage m\u00eame d&rsquo;agrandir l&rsquo;\u00e9glise devenue trop petite malgr\u00e9 ses 1200 places. En octobre 1998, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Actuellement, nous sommes en pr\u00e9paration du \u00ab\u00a0quarantenaire\u00a0\u00bb que les paroissiens tiennent \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer. C&rsquo;est le 1er juin 1958 que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par Mgr Parisot de fonder la paroisse. Je crois qu&rsquo;il est assez rare que le fondateur se trouve comme cur\u00e9 de la paroisse qu&rsquo;il a fond\u00e9e 40 ans auparavant. Les paroissiens sont tr\u00e8s sensibles au fait que j&rsquo;aie eu l&rsquo;audace de me lancer dans l&rsquo;agrandissement de l&rsquo;\u00e9glise. Le gros \u0153uvre sera sans doute termin\u00e9 pour le 8 novembre, date de la c\u00e9l\u00e9bration. [\u2026] J&rsquo;aspire au repos et vous demanderai une ann\u00e9e sabbatique avant de d\u00e9cider de mon avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques mois de repos \u00e0 Montferrier, il se met au service du dioc\u00e8se de Nice. Il commence par faire \u00e9quipe avec le cur\u00e9 de Mandelieu La Napoule, o\u00f9 il va rester deux ann\u00e9es, puis en 2002 il est charg\u00e9 de seconder Jean-Paul Gournay \u00e0 Puget-Th\u00e9niers. Apr\u00e8s une ann\u00e9e, il va se retrouver seul dans cette paroisse, doyen d&rsquo;\u00e2ge des cur\u00e9s du dioc\u00e8se, titre auquel il ne peut pr\u00e9tendre, car, vu son \u00e2ge, il doit se contenter de celui d&rsquo;administrateur. Il reste l\u00e0, car son \u00e9v\u00eaque lui a dit que, s&rsquo;il partait, il n&rsquo;avait personne pour le remplacer. Les paroissiens appr\u00e9cient sa pr\u00e9sence et son travail. En 2007, il a maintenant 81 ans, il quitte le dioc\u00e8se de Nice et est nomm\u00e9 \u00e0 Montferrier pour une retraite amplement m\u00e9rit\u00e9e. Il se dit en bonne sant\u00e9, mais il doit cependant recevoir des proth\u00e8ses aux deux genoux, et il ajoute, non sans humour en 2010 : \u00ab\u00a0Les proth\u00e8ses sont garanties pour une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, alors je peux de ce c\u00f4t\u00e9 regarder l&rsquo;avenir avec optimisme.\u00a0\u00bb Il se trompait. Dans le courant de l&rsquo;ann\u00e9e 2011, sa sant\u00e9 d\u00e9clinait rapidement (insuffisance cardiaque) ; il demandait \u00e0 \u00eatre relev\u00e9 de sa charge de vice sup\u00e9rieur de la maison ; on le plaisantait en lui disant qu&rsquo;on n&rsquo;entendait plus sa voix r\u00e9sonner dans toute la maison. On se rendait compte que ses jours \u00e9taient compt\u00e9s. Une de ses s\u0153urs, Odile, \u00e9tait l\u00e0, qui l&rsquo;a veill\u00e9 jusque dans ses derniers moments, dans la journ\u00e9e du 2 janvier 2012 ; il avait eu 86 ans deux jours auparavant.<\/p>\n<p>Il repose maintenant dans le cimeti\u00e8re de la communaut\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez.<\/p>\n<p>Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines \u2013 Province de Lyon<br \/>Le P\u00e8re Denys BELLUT<br \/>n\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 1925 \u00e0 Nanterre<br \/>dans le dioc\u00e8se de Nanterre<br \/>membre de la SMA le 27 octobre 1947<br \/>pr\u00eatre le 12 f\u00e9vrier 1951<br \/>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 2 janvier 2012 <br \/>P\u00e8re Denys Bellut<\/p>\n<p>1951-1955 Cotonou, professeur au coll\u00e8ge Aupiais<br \/>1955-1958 Cotonou, vicaire \u00e0 Notre-Dame<br \/>1958-1966 Cotonou, cur\u00e9 fondateur du Sacr\u00e9-C\u0153ur<br \/>1966-1974 Cotonou, sup\u00e9rieur r\u00e9gional<br \/>1974-1978 Paris, secr\u00e9taire provincial<br \/>1978-1993 Abomey-Calavi (Cotonou), cur\u00e9<br \/>1994-1996 Montferrier, responsable<br \/>1997-1999 Sacr\u00e9-C\u0153ur, (Cotonou), cur\u00e9<br \/>1999-2001 Mandelieu-la-Napoule (Nice) pr\u00eatre auxiliaire<br \/>2002-2007 Puget-Th\u00e9niers (Nice), paroisse<br \/>2007-2012 Montferrier, retrait\u00e9<\/p>\n<p>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez, le 2 janvier 2012,<br \/>\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Denys BELLUT (1925-2012)<\/p>\n<p>Une voix qui portait loin\u2026 une autorit\u00e9 qui savait se faire respecter\u2026 Un confr\u00e8re t\u00e9moigne : \u00ab\u00a0Durant l&rsquo;ann\u00e9e 1991\/1992, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois Denys Bellut. Pour \u00eatre bref, je trouve que la parole de J\u00e9sus \u00e0 l&rsquo;endroit de Nathana\u00ebl (Jean 1, 47) \u00ab\u00a0en lui point d&rsquo;artifice\u00a0\u00bb lui colle parfaitement ! C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion de fun\u00e9railles dans la chapelle de Ou\u00e9to que j&rsquo;ai d\u00e9couvert l&rsquo;homme. Alors que l&rsquo;assembl\u00e9e \u00e9tait en pleurs devant le cercueil, voil\u00e0 que d&rsquo;un coup le p\u00e8re Bellut, tout \u00ab\u00a0enchasubl\u00e9\u00a0\u00bb, bondit hors de la chapelle. En effet des villageois, adeptes du culte vaudou, arm\u00e9s d&rsquo;une radio, tentaient de parasiter la c\u00e9r\u00e9monie avec une musique bien \u00e0 eux. Ils ont eu droit \u00e0 tous les noms d&rsquo;oiseaux et autres esp\u00e8ces que ceux qui connaissent Denys n&rsquo;auront pas de mal \u00e0 imaginer&#8230; Puis reprenant son calme Denys est revenu comme si rien ne s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une famille nombreuse &#8211; onze enfants &#8211; , un papa d&rsquo;abord simple ouvrier qualifi\u00e9, puis ing\u00e9nieur dessinateur \u00e0 l&rsquo;Arsenal de Puteaux, une maman au foyer bien s\u00fbr pour \u00e9lever ses nombreux enfants &#8211; il y a 24 ans de diff\u00e9rence entre la premi\u00e8re, Blandine (1921), et la derni\u00e8re, C\u00e9cile (1945 ), un milieu familial o\u00f9 les chamailleries enfantines ne manquaient pas, une \u00e9ducation chr\u00e9tienne soign\u00e9e, tel est le cadre o\u00f9 va s&rsquo;\u00e9panouir le jeune Denys, le quatri\u00e8me enfant de la famille. Le papa \u00e9crit en 1946 : \u00ab\u00a0On n&rsquo;a jamais d&rsquo;argent devant soi, parce qu&rsquo;il faut tout entier le consacrer aux enfants. [\u2026] Ecole ! Cinq simultan\u00e9ment fr\u00e9quentent l&rsquo;\u00e9cole libre et la cantine. Mais c&rsquo;est une d\u00e9pense sacr\u00e9e, pay\u00e9e pour ainsi dire en priorit\u00e9. [\u2026] On ne va jamais au spectacle, \u00e7a co\u00fbte et \u00e7a disperse. Mais quand les enfants ont grandi, on va chaque ann\u00e9e en vacances \u00e0 la campagne, dans l&rsquo;union et la joie de tous. La famille s&rsquo;\u00e9panouit.\u00a0\u00bb Et Denys ajoute : \u00ab\u00a0Je sais maintenant que papa et maman ont eu bien des soucis pour \u00e9lever tous ces enfants, mais nous n&rsquo;avons jamais eu \u00e0 nous plaindre, nous n&rsquo;avons jamais manqu\u00e9 de l&rsquo;essentiel, et nous vivions heureux entre nous, nous contentant de ce que nous avions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 31 d\u00e9cembre 1925 et fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole paroissiale de Puteaux de 1932 \u00e0 1938. \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais enfant de ch\u0153ur, et chaque matin papa qui allait \u00e0 la messe me r\u00e9veillait pour que je l&rsquo;accompagne. C&rsquo;\u00e9tait la messe de 6 h 30. J&rsquo;y communiais et revenais \u00e0 la maison pour d\u00e9jeuner et partir ensuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Puteaux avec mes fr\u00e8res et s\u0153urs.\u00a0\u00bb Une causerie du p\u00e8re Duhil \u00e0 la salle paroissiale de Puteaux, et une rencontre fortuite avec Victor Mercier, militaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque au mont Val\u00e9rien, \u00e0 la messe du dimanche dans sa paroisse, le font opter pour les Missions Africaines lorsqu&rsquo;il doit commencer ses \u00e9tudes secondaires. Il entre \u00e0 Pont Rousseau en 1938, conna\u00eet le d\u00e9placement \u00e0 la rue du Ballet en 1940, fait la classe de premi\u00e8re au ch\u00e2teau de la Colaissi\u00e8re, au sud d&rsquo;Ancenis \u00e0 cause des bombardements de l&rsquo;aviation alli\u00e9e sur la ville de Nantes, puis retrouve la rue des Naudi\u00e8res pour la classe de terminale en 1944-1945. Apr\u00e8s deux ans au noviciat de Chanly, o\u00f9 il est charg\u00e9, durant la premi\u00e8re ann\u00e9e, lui parisien de banlieue, de l&rsquo;entretien de l&rsquo;\u00e9curie et des vaches, il rejoint le 150, \u00e0 Lyon, pour y faire sa th\u00e9ologie. Plusieurs fois, on retrouve dans son dossier les annotations suivantes : \u00ab\u00a0parents excellents, tr\u00e8s bon milieu familial, bon jugement, tendance \u00e0 \u00eatre autoritaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est ordonn\u00e9 pr\u00eatre par le cardinal Gerlier en f\u00e9vrier 1951, six mois avant la fin de ses \u00e9tudes et re\u00e7oit en ao\u00fbt la nomination suivante : \u00ab\u00a0Le Conseil provincial vous a d\u00e9sign\u00e9 pour le vicariat de Ouidah, o\u00f9 vous \u00eates mis \u00e0 la disposition de Mgr Parisot, vicaire apostolique.\u00a0\u00bb Il est nomm\u00e9 au coll\u00e8ge Aupiais titulaire de la classe de cinqui\u00e8me, o\u00f9 il enseigne le fran\u00e7ais, le latin, la religion et l&rsquo;histoire. Et l&rsquo;ann\u00e9e suivante, en plus, il est charg\u00e9 de l&rsquo;aum\u00f4nerie de la garnison militaire de Cotonou (service religieux le dimanche, visite des malades, des foyers de soldats).<\/p>\n<p>A son retour de cong\u00e9, en 1955, il est tout heureux d&rsquo;apprendre qu&rsquo;il va se retrouver en paroisse, vicaire du p\u00e8re Ibaretta, \u00e0 Notre-Dame de Cotonou, o\u00f9 il sera plus particuli\u00e8rement charg\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole, sa bonne marche, la discipline et les finances, son cur\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rant s&rsquo;occuper des stations secondaires, de la brousse, comme on disait. Il dirige aussi la chorale, car il aimait bien le chant. Sa collaboration avec le p\u00e8re Ibaretta ne lui posa aucun probl\u00e8me et c&rsquo;est ensemble qu&rsquo;ils v\u00e9curent deux \u00e9v\u00e9nements exceptionnels dans la vie de la paroisse, la nomination de Mgr Parisot comme archev\u00eaque de Cotonou en 1955 et la promotion \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat de Mgr Bernardin Gantin en 1956. En juillet 1957, le p\u00e8re Ibaretta part en cong\u00e9, et c&rsquo;est l&rsquo;abb\u00e9 Mo\u00efse Durand, cur\u00e9 de Bohicon et doyen des pr\u00eatres b\u00e9ninois, qui est nomm\u00e9 cur\u00e9 de la cath\u00e9drale Notre-Dame. Quant \u00e0 Denys Bellut, contre toute attente, il est nomm\u00e9 \u00e0 Zagnanado, village de Mgr Gantin, \u00e0 150 km de Cotonou. Contre toute attente, parce que depuis plus d&rsquo;une ann\u00e9e, avec le P\u00e8re Ibaretta, ils avaient commenc\u00e9 la construction d&rsquo;une \u00e9glise \u00e0 Akpakpa, sur le territoire de la paroisse, parce que tout le monde attendait la cr\u00e9ation d&rsquo;une nouvelle paroisse sur ce site, et parce que chacun \u00e9tait s\u00fbr de la nomination de Denys Bellut \u00e0 ce poste. Finalement, il n&rsquo;ira pas \u00e0 Zagnanado, mais c&rsquo;est seulement au bout de presque une ann\u00e9e qu&rsquo;il est nomm\u00e9 \u00e0 Akpakpa, ann\u00e9e au cours de laquelle, \u00e0 Notre-Dame, le nouveau cur\u00e9, l&rsquo;abb\u00e9 Durand, et l&rsquo;ancien vicaire, le p\u00e8re Denys Bellut se sont bien entendus, malgr\u00e9 une diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge de trente ans.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en juillet 1958 qu&rsquo;il s&rsquo;installe dans la paroisse nouvellement fond\u00e9e sous le vocable du Sacr\u00e9-C\u0153ur. En plus de l&rsquo;\u00e9glise et du presbyt\u00e8re, il lui faut aussi construire une maison pour les s\u0153urs de l&rsquo;Education Chr\u00e9tienne qui viennent s&rsquo;installer sur la paroisse, ainsi que les trois derni\u00e8res classes de l&rsquo;\u00e9cole des gar\u00e7ons. Il retarde m\u00eame son cong\u00e9 d&rsquo;une ann\u00e9e pour laisser au p\u00e8re Grenot, qui va assurer l&rsquo;int\u00e9rim pendant son absence, une paroisse d\u00e9j\u00e0 bien structur\u00e9e et organis\u00e9e. Pendant son cong\u00e9 en 1960, il apprend que le sup\u00e9rieur r\u00e9gional avait d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;installer sur le terrain de la mission d&rsquo;Akpakpa et d&rsquo;y construire la maison r\u00e9gionale, comme pr\u00e9vu dans les nouveaux statuts. Il pense alors que le p\u00e8re Grenot, vice r\u00e9gional, deviendrait de fait le nouveau cur\u00e9 de la paroisse et qu&rsquo;il allait recevoir une nouvelle nomination. De fait, il va recevoir une nouvelle nomination, mais c&rsquo;est celle de vice r\u00e9gional, le p\u00e8re Grenot ayant d\u00e9missionn\u00e9 de sa charge. Son mandat lui est renouvel\u00e9 en 1964, avec le p\u00e8re Bothua comme r\u00e9gional. Ce dernier part en cong\u00e9 en 1966 et meurt en France, et Denys Bellut est nomm\u00e9 r\u00e9gional, charge qu&rsquo;il va remplir jusqu&rsquo;en 1974. Il laisse alors la direction de la paroisse d&rsquo;Akpakpa au p\u00e8re Germain Flouret.<\/p>\n<p>Dans sa lettre de nomination, on lit : \u00ab\u00a0Charge d\u00e9licate et importante qu&rsquo;avec la gr\u00e2ce de Dieu et les lumi\u00e8res de l&rsquo;Esprit-Saint, vous remplirez certainement encore avec beaucoup de z\u00e8le, de patience et de compr\u00e9hension, tant aupr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9piscopat et du Conseil provincial que parmi vos confr\u00e8res.\u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 on demandait de faire des contrats avec les \u00e9v\u00eaques. Il \u00e9crit lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Les \u00e9v\u00eaques africains avaient cette position : mais o\u00f9 est le probl\u00e8me ? Avec vous, on ne va tout de m\u00eame pas faire des contrats ! Vous \u00eates des n\u00f4tres, vous \u00eates nos p\u00e8res dans la foi ! et il fut impossible de parler contrat.\u00a0\u00bb Il devait parfois se montrer diplomate, mais ses rencontres avec les \u00e9v\u00eaques furent toujours amicales, sans anicroche. Il \u00e9crit : \u00ab\u00a0L&rsquo;essentiel de mon travail \u00e9tait tout trac\u00e9 par les Constitutions et le Directoire, mais son application souvent d\u00e9licate. J&rsquo;avais heureusement la r\u00e9f\u00e9rence qui m&rsquo;\u00e9tait comme instinctive : le p\u00e8re Bothua qui avait si bien r\u00e9ussi dans son contact avec les confr\u00e8res : \u00ab\u00a0Si Bothua devait r\u00e9gler cela, que ferait-il ?\u00a0\u00bb Il est r\u00e9gional pendant 8 ans, et c&rsquo;est le p\u00e8re Andr\u00e9 Desbois qui va le remplacer. La Province lui demande alors de devenir secr\u00e9taire provincial et \u00e9conome de la maison de la rue Hidalgo.<\/p>\n<p>Il accepte cette nomination en disant : \u00ab\u00a0C&rsquo;est un gros morceau, et je me demande s&rsquo;il faut \u00eatre inconscient ou pr\u00e9somptueux pour l&rsquo;accepter. Enfin, je m&rsquo;en remets \u00e0 votre d\u00e9cision. Personne n&rsquo;est bon juge dans sa propre cause, et j&rsquo;accepte puisque vous pensez que je peux faire l&rsquo;affaire. [\u2026] Je vais \u00eatre trait\u00e9 de l\u00e2cheur d&rsquo;abandonner le Dahomey, mais j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;y passer 23 ans, beaucoup d&rsquo;autres ne l&rsquo;ont pas eue. J&rsquo;accepte non par esprit de sacrifice, d&rsquo;abn\u00e9gation, mais en esprit fraternel, persuad\u00e9 que l\u00e0 encore je pourrai remplir un r\u00f4le missionnaire.\u00a0\u00bb Ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9couvert \u00e0 cette \u00e9poque ont pu appr\u00e9cier son esprit de service, son dynamisme, m\u00eame si parfois son temp\u00e9rament un peu sec pouvait surprendre. En juillet 1978, dans sa lettre de remerciement, le p\u00e8re Domas, provincial, \u00e9crit : \u00ab\u00a0Merci pour tout ce que tu as apport\u00e9 \u00e0 ceux qui ont v\u00e9cu avec toi, ton travail, ton amiti\u00e9, ton habilet\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu, ton humour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De retour au B\u00e9nin en octobre 1978, nomm\u00e9 cur\u00e9 d&rsquo;Abomey-Calavi, il ne tarde pas \u00e0 rentrer dans l&rsquo;esprit de la r\u00e9volution b\u00e9ninoise (!) ; en effet il signe une lettre envoy\u00e9e au Conseil provincial par les initiales suivantes : p.p.l.r. et l.l.c. Il ajoute qu&rsquo;il y a toute une s\u00e9rie de sigles que les \u00e9l\u00e8ves doivent apprendre pour le certificat et il traduit : \u00ab\u00a0pr\u00eat pour la r\u00e9volution et la lutte continue\u00a0\u00bb. Il entreprend la construction d&rsquo;une nouvelle \u00e9glise et ne m\u00e9nage pas ses forces au service de sa paroisse. C&rsquo;est sans doute pour cela que ses paroissiens ne sont pas avares pour lui t\u00e9moigner leurs sentiments. Il \u00e9crit en novembre 1982 apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration de sa f\u00eate dans la paroisse : \u00ab\u00a0Je suis toujours surpris de voir de telles manifestations d&rsquo;affection de la part de mes paroissiens que pourtant je ne m\u00e9nage pas.\u00a0\u00bb Il ajoutera m\u00eame quelques ann\u00e9es plus tard dans une autre lettre, dans laquelle il remercie Dieu de lui avoir donn\u00e9 un caract\u00e8re heureux qui lui permet de s&rsquo;\u00e9panouir dans sa vocation : \u00ab\u00a0Je ne me fais pourtant pas d&rsquo;illusions, je ne suis pas marrant tous les jours !\u00a0\u00bb Volontiers frondeur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des d\u00e9cisions gouvernementales, il reprend les processions au cimeti\u00e8re le jour de la Toussaint pour aller b\u00e9nir les tombes ; il organise une procession du Saint-Sacrement le jour de la f\u00eate de la paroisse, et il \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;avais gagn\u00e9 une bataille. [\u2026] Cette victoire remport\u00e9e \u00e0 Calavi fit en quelque sorte jurisprudence, et les cur\u00e9s des autres paroisses, dans la brousse comme \u00e0 Cotonou, obtinrent l&rsquo;autorisation d&rsquo;organise des processions pour la F\u00eate-Dieu ou des manifestations paroissiales.<\/p>\n<p>En 1987, il y a sur la paroisse le gros chantier du futur centre Br\u00e9sillac dont les travaux sont confi\u00e9s au fr\u00e8re Paul Flageul. L&rsquo;inauguration a lieu \u00e0 l&rsquo;automne 1988 ; il participe \u00e0 la pr\u00e9paration de la f\u00eate et il avoue que les habitants de Calavi sont tr\u00e8s fiers d&rsquo;avoir un \u00ab\u00a0s\u00e9minaire\u00a0\u00bb sur leur paroisse. A cette \u00e9poque, il est \u00e0 Calavi depuis dix ans d\u00e9j\u00e0, et quand il dit \u00e0 Mgr Adimou, l&rsquo;archev\u00eaque de Cotonou, puis \u00e0 Mgr de Souza, son coadjuteur, qu&rsquo;il va leur pr\u00e9senter sa d\u00e9mission conform\u00e9ment aux directives de la SMA, l&rsquo;un et l&rsquo;autre lui r\u00e9pondent qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;il quitte Calavi. Il va y rester encore 5 ans et son activit\u00e9 ne faiblit pas. En janvier 1990, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai repris contact avec les 11 villages que je dessers. [\u2026] Je me suis remis au travail mat\u00e9riel : j&rsquo;envisage la construction de deux chapelles et la r\u00e9fection totale de la toiture d&rsquo;une troisi\u00e8me.\u00a0\u00bb A cette \u00e9poque, il a Germain Flouret pour le seconder et bient\u00f4t Jacques Lalande va les rejoindre.<\/p>\n<p>On ne peut pas tourner la page de Calavi sans parler de l&rsquo;histoire d&rsquo;Emmanuel. Pour cela, laissons la parole au p\u00e8re Bellut lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Le soir du 1er mai 1990, apr\u00e8s le cat\u00e9chisme et la r\u00e9citation du chapelet \u00e0 Som\u00e9, Emmanuel accompagne en v\u00e9lo jusqu&rsquo;\u00e0 sa maison Romaine, une de ses compagnes du cat\u00e9chisme qui habite assez loin et se trouve seule \u00e0 rejoindre son village. A son retour, il fait d\u00e9j\u00e0 nuit ; des f\u00e9ticheurs le guettent, se jettent sur lui et l&#8217;emm\u00e8nent au couvent. Le cat\u00e9chiste me pr\u00e9vient dans la nuit. Je me rends au couvent le matin pour expliquer qu&rsquo;Emmanuel est cat\u00e9chum\u00e8ne, et qu&rsquo;il doit \u00eatre baptis\u00e9 un mois plus tard. Rien \u00e0 faire. Je vais voir les gendarmes. [\u2026] Monseigneur de Souza m&rsquo;introduit aupr\u00e8s du ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur. [\u2026] Les f\u00e9ticheurs ne c\u00e8dent pas. La premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai aper\u00e7u Emmanuel apr\u00e8s sa sortie du couvent, alors que je me rendais chez lui, il s&rsquo;est cach\u00e9 dans une chambre. Quand une seconde fois je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 sur le chemin, il s&rsquo;est enfui. Ses camarades, ses cousins, son fr\u00e8re ont repris contact avec lui ; petit \u00e0 petit la peur l&rsquo;a quitt\u00e9 et il a retrouv\u00e9 la paix. [\u2026] Quelques jours avant P\u00e2ques 1991, je passais non loin de chez lui, il se trouvait sur le bord de la route. [\u2026] Je lui dis : C&rsquo;est \u00e0 toi de nous dire ce que tu veux, si nous devons t&rsquo;appeler Emmanuel ou Aloya. Sans l&rsquo;ombre d&rsquo;une h\u00e9sitation, il m&rsquo;a r\u00e9pondu : Je m&rsquo;appelle Emmanuel et je suis chr\u00e9tien ; ce n&rsquo;est pas moi qui ai voulu \u00eatre vodunsi. Peu apr\u00e8s, son papa est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, puis sa maman. [\u2026] J&rsquo;ai pris la pr\u00e9caution d&rsquo;\u00e9loigner Emmanuel d&rsquo;Ou\u00e9ga. [\u2026] Aujourd&rsquo;hui, Emmanuel est libre, il sera bient\u00f4t baptis\u00e9 et fera sa premi\u00e8re communion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 1er janvier 1994, il devient sup\u00e9rieur de la maison de retraite de Montferrier et c&rsquo;est lui qui inaugure la nouvelle organisation de la maison, avec une directrice pour la maison de retraite, et lui sup\u00e9rieur de la maison au niveau de la SMA. D\u00e9limiter les pr\u00e9rogatives de chacun n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile au d\u00e9but et cela a engendr\u00e9 quelques heurts et quelques \u00e9changes de courrier, d&rsquo;autant plus que le caract\u00e8re du p\u00e8re Denys est du genre de ceux qui aiment les choses claires et les limites bien d\u00e9finies. Heureusement pour lui, au bout de trois ans, il sera lib\u00e9r\u00e9 de ce poste et pourra retrouver, au B\u00e9nin, la paroisse du Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e0 Cotonou, celle-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;il avait fond\u00e9e en 1958. Il trouve l\u00e0 une mission qui vivait des moments difficiles. Il ne fut pas long \u00e0 remettre les choses en ordre, en commen\u00e7ant par reconstituer un conseil pastoral paroissial sans aucune charge mat\u00e9rielle, un conseil financier et un comit\u00e9 des f\u00eates. Puis, il doit s&rsquo;occuper de tous les probl\u00e8mes mat\u00e9riels. Bien vite, il commence des travaux, boucher des trous dans la toiture de l&rsquo;\u00e9glise et du presbyt\u00e8re, cr\u00e9pir le pignon de la maison, construire une nouvelle sacristie ; il envisage m\u00eame d&rsquo;agrandir l&rsquo;\u00e9glise devenue trop petite malgr\u00e9 ses 1200 places. En octobre 1998, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Actuellement, nous sommes en pr\u00e9paration du \u00ab\u00a0quarantenaire\u00a0\u00bb que les paroissiens tiennent \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer. C&rsquo;est le 1er juin 1958 que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par Mgr Parisot de fonder la paroisse. Je crois qu&rsquo;il est assez rare que le fondateur se trouve comme cur\u00e9 de la paroisse qu&rsquo;il a fond\u00e9e 40 ans auparavant. Les paroissiens sont tr\u00e8s sensibles au fait que j&rsquo;aie eu l&rsquo;audace de me lancer dans l&rsquo;agrandissement de l&rsquo;\u00e9glise. Le gros \u0153uvre sera sans doute termin\u00e9 pour le 8 novembre, date de la c\u00e9l\u00e9bration. [\u2026] J&rsquo;aspire au repos et vous demanderai une ann\u00e9e sabbatique avant de d\u00e9cider de mon avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques mois de repos \u00e0 Montferrier, il se met au service du dioc\u00e8se de Nice. Il commence par faire \u00e9quipe avec le cur\u00e9 de Mandelieu La Napoule, o\u00f9 il va rester deux ann\u00e9es, puis en 2002 il est charg\u00e9 de seconder Jean-Paul Gournay \u00e0 Puget-Th\u00e9niers. Apr\u00e8s une ann\u00e9e, il va se retrouver seul dans cette paroisse, doyen d&rsquo;\u00e2ge des cur\u00e9s du dioc\u00e8se, titre auquel il ne peut pr\u00e9tendre, car, vu son \u00e2ge, il doit se contenter de celui d&rsquo;administrateur. Il reste l\u00e0, car son \u00e9v\u00eaque lui a dit que, s&rsquo;il partait, il n&rsquo;avait personne pour le remplacer. Les paroissiens appr\u00e9cient sa pr\u00e9sence et son travail. En 2007, il a maintenant 81 ans, il quitte le dioc\u00e8se de Nice et est nomm\u00e9 \u00e0 Montferrier pour une retraite amplement m\u00e9rit\u00e9e. Il se dit en bonne sant\u00e9, mais il doit cependant recevoir des proth\u00e8ses aux deux genoux, et il ajoute, non sans humour en 2010 : \u00ab\u00a0Les proth\u00e8ses sont garanties pour une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, alors je peux de ce c\u00f4t\u00e9 regarder l&rsquo;avenir avec optimisme.\u00a0\u00bb Il se trompait. Dans le courant de l&rsquo;ann\u00e9e 2011, sa sant\u00e9 d\u00e9clinait rapidement (insuffisance cardiaque) ; il demandait \u00e0 \u00eatre relev\u00e9 de sa charge de vice sup\u00e9rieur de la maison ; on le plaisantait en lui disant qu&rsquo;on n&rsquo;entendait plus sa voix r\u00e9sonner dans toute la maison. On se rendait compte que ses jours \u00e9taient compt\u00e9s. Une de ses s\u0153urs, Odile, \u00e9tait l\u00e0, qui l&rsquo;a veill\u00e9 jusque dans ses derniers moments, dans la journ\u00e9e du 2 janvier 2012 ; il avait eu 86 ans deux jours auparavant.<\/p>\n<p>Il repose maintenant dans le cimeti\u00e8re de la communaut\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez.<\/p>\n<p>Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines \u2013 Province de Lyon<br \/>Le P\u00e8re Denys BELLUT<br \/>n\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 1925 \u00e0 Nanterre<br \/>dans le dioc\u00e8se de Nanterre<br \/>membre de la SMA le 27 octobre 1947<br \/>pr\u00eatre le 12 f\u00e9vrier 1951<br \/>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 2 janvier 2012 <br \/>P\u00e8re Denys Bellut<\/p>\n<p>1951-1955 Cotonou, professeur au coll\u00e8ge Aupiais<br \/>1955-1958 Cotonou, vicaire \u00e0 Notre-Dame<br \/>1958-1966 Cotonou, cur\u00e9 fondateur du Sacr\u00e9-C\u0153ur<br \/>1966-1974 Cotonou, sup\u00e9rieur r\u00e9gional<br \/>1974-1978 Paris, secr\u00e9taire provincial<br \/>1978-1993 Abomey-Calavi (Cotonou), cur\u00e9<br \/>1994-1996 Montferrier, responsable<br \/>1997-1999 Sacr\u00e9-C\u0153ur, (Cotonou), cur\u00e9<br \/>1999-2001 Mandelieu-la-Napoule (Nice) pr\u00eatre auxiliaire<br \/>2002-2007 Puget-Th\u00e9niers (Nice), paroisse<br \/>2007-2012 Montferrier, retrait\u00e9<\/p>\n<p>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez, le 2 janvier 2012,<br \/>\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Denys BELLUT (1925-2012)<\/p>\n<p>Une voix qui portait loin\u2026 une autorit\u00e9 qui savait se faire respecter\u2026 Un confr\u00e8re t\u00e9moigne : \u00ab\u00a0Durant l&rsquo;ann\u00e9e 1991\/1992, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois Denys Bellut. Pour \u00eatre bref, je trouve que la parole de J\u00e9sus \u00e0 l&rsquo;endroit de Nathana\u00ebl (Jean 1, 47) \u00ab\u00a0en lui point d&rsquo;artifice\u00a0\u00bb lui colle parfaitement ! C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion de fun\u00e9railles dans la chapelle de Ou\u00e9to que j&rsquo;ai d\u00e9couvert l&rsquo;homme. Alors que l&rsquo;assembl\u00e9e \u00e9tait en pleurs devant le cercueil, voil\u00e0 que d&rsquo;un coup le p\u00e8re Bellut, tout \u00ab\u00a0enchasubl\u00e9\u00a0\u00bb, bondit hors de la chapelle. En effet des villageois, adeptes du culte vaudou, arm\u00e9s d&rsquo;une radio, tentaient de parasiter la c\u00e9r\u00e9monie avec une musique bien \u00e0 eux. Ils ont eu droit \u00e0 tous les noms d&rsquo;oiseaux et autres esp\u00e8ces que ceux qui connaissent Denys n&rsquo;auront pas de mal \u00e0 imaginer&#8230; Puis reprenant son calme Denys est revenu comme si rien ne s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une famille nombreuse &#8211; onze enfants &#8211; , un papa d&rsquo;abord simple ouvrier qualifi\u00e9, puis ing\u00e9nieur dessinateur \u00e0 l&rsquo;Arsenal de Puteaux, une maman au foyer bien s\u00fbr pour \u00e9lever ses nombreux enfants &#8211; il y a 24 ans de diff\u00e9rence entre la premi\u00e8re, Blandine (1921), et la derni\u00e8re, C\u00e9cile (1945 ), un milieu familial o\u00f9 les chamailleries enfantines ne manquaient pas, une \u00e9ducation chr\u00e9tienne soign\u00e9e, tel est le cadre o\u00f9 va s&rsquo;\u00e9panouir le jeune Denys, le quatri\u00e8me enfant de la famille. Le papa \u00e9crit en 1946 : \u00ab\u00a0On n&rsquo;a jamais d&rsquo;argent devant soi, parce qu&rsquo;il faut tout entier le consacrer aux enfants. [\u2026] Ecole ! Cinq simultan\u00e9ment fr\u00e9quentent l&rsquo;\u00e9cole libre et la cantine. Mais c&rsquo;est une d\u00e9pense sacr\u00e9e, pay\u00e9e pour ainsi dire en priorit\u00e9. [\u2026] On ne va jamais au spectacle, \u00e7a co\u00fbte et \u00e7a disperse. Mais quand les enfants ont grandi, on va chaque ann\u00e9e en vacances \u00e0 la campagne, dans l&rsquo;union et la joie de tous. La famille s&rsquo;\u00e9panouit.\u00a0\u00bb Et Denys ajoute : \u00ab\u00a0Je sais maintenant que papa et maman ont eu bien des soucis pour \u00e9lever tous ces enfants, mais nous n&rsquo;avons jamais eu \u00e0 nous plaindre, nous n&rsquo;avons jamais manqu\u00e9 de l&rsquo;essentiel, et nous vivions heureux entre nous, nous contentant de ce que nous avions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le 31 d\u00e9cembre 1925 et fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole paroissiale de Puteaux de 1932 \u00e0 1938. \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais enfant de ch\u0153ur, et chaque matin papa qui allait \u00e0 la messe me r\u00e9veillait pour que je l&rsquo;accompagne. C&rsquo;\u00e9tait la messe de 6 h 30. J&rsquo;y communiais et revenais \u00e0 la maison pour d\u00e9jeuner et partir ensuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Puteaux avec mes fr\u00e8res et s\u0153urs.\u00a0\u00bb Une causerie du p\u00e8re Duhil \u00e0 la salle paroissiale de Puteaux, et une rencontre fortuite avec Victor Mercier, militaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque au mont Val\u00e9rien, \u00e0 la messe du dimanche dans sa paroisse, le font opter pour les Missions Africaines lorsqu&rsquo;il doit commencer ses \u00e9tudes secondaires. Il entre \u00e0 Pont Rousseau en 1938, conna\u00eet le d\u00e9placement \u00e0 la rue du Ballet en 1940, fait la classe de premi\u00e8re au ch\u00e2teau de la Colaissi\u00e8re, au sud d&rsquo;Ancenis \u00e0 cause des bombardements de l&rsquo;aviation alli\u00e9e sur la ville de Nantes, puis retrouve la rue des Naudi\u00e8res pour la classe de terminale en 1944-1945. Apr\u00e8s deux ans au noviciat de Chanly, o\u00f9 il est charg\u00e9, durant la premi\u00e8re ann\u00e9e, lui parisien de banlieue, de l&rsquo;entretien de l&rsquo;\u00e9curie et des vaches, il rejoint le 150, \u00e0 Lyon, pour y faire sa th\u00e9ologie. Plusieurs fois, on retrouve dans son dossier les annotations suivantes : \u00ab\u00a0parents excellents, tr\u00e8s bon milieu familial, bon jugement, tendance \u00e0 \u00eatre autoritaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est ordonn\u00e9 pr\u00eatre par le cardinal Gerlier en f\u00e9vrier 1951, six mois avant la fin de ses \u00e9tudes et re\u00e7oit en ao\u00fbt la nomination suivante : \u00ab\u00a0Le Conseil provincial vous a d\u00e9sign\u00e9 pour le vicariat de Ouidah, o\u00f9 vous \u00eates mis \u00e0 la disposition de Mgr Parisot, vicaire apostolique.\u00a0\u00bb Il est nomm\u00e9 au coll\u00e8ge Aupiais titulaire de la classe de cinqui\u00e8me, o\u00f9 il enseigne le fran\u00e7ais, le latin, la religion et l&rsquo;histoire. Et l&rsquo;ann\u00e9e suivante, en plus, il est charg\u00e9 de l&rsquo;aum\u00f4nerie de la garnison militaire de Cotonou (service religieux le dimanche, visite des malades, des foyers de soldats).<\/p>\n<p>A son retour de cong\u00e9, en 1955, il est tout heureux d&rsquo;apprendre qu&rsquo;il va se retrouver en paroisse, vicaire du p\u00e8re Ibaretta, \u00e0 Notre-Dame de Cotonou, o\u00f9 il sera plus particuli\u00e8rement charg\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cole, sa bonne marche, la discipline et les finances, son cur\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rant s&rsquo;occuper des stations secondaires, de la brousse, comme on disait. Il dirige aussi la chorale, car il aimait bien le chant. Sa collaboration avec le p\u00e8re Ibaretta ne lui posa aucun probl\u00e8me et c&rsquo;est ensemble qu&rsquo;ils v\u00e9curent deux \u00e9v\u00e9nements exceptionnels dans la vie de la paroisse, la nomination de Mgr Parisot comme archev\u00eaque de Cotonou en 1955 et la promotion \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat de Mgr Bernardin Gantin en 1956. En juillet 1957, le p\u00e8re Ibaretta part en cong\u00e9, et c&rsquo;est l&rsquo;abb\u00e9 Mo\u00efse Durand, cur\u00e9 de Bohicon et doyen des pr\u00eatres b\u00e9ninois, qui est nomm\u00e9 cur\u00e9 de la cath\u00e9drale Notre-Dame. Quant \u00e0 Denys Bellut, contre toute attente, il est nomm\u00e9 \u00e0 Zagnanado, village de Mgr Gantin, \u00e0 150 km de Cotonou. Contre toute attente, parce que depuis plus d&rsquo;une ann\u00e9e, avec le P\u00e8re Ibaretta, ils avaient commenc\u00e9 la construction d&rsquo;une \u00e9glise \u00e0 Akpakpa, sur le territoire de la paroisse, parce que tout le monde attendait la cr\u00e9ation d&rsquo;une nouvelle paroisse sur ce site, et parce que chacun \u00e9tait s\u00fbr de la nomination de Denys Bellut \u00e0 ce poste. Finalement, il n&rsquo;ira pas \u00e0 Zagnanado, mais c&rsquo;est seulement au bout de presque une ann\u00e9e qu&rsquo;il est nomm\u00e9 \u00e0 Akpakpa, ann\u00e9e au cours de laquelle, \u00e0 Notre-Dame, le nouveau cur\u00e9, l&rsquo;abb\u00e9 Durand, et l&rsquo;ancien vicaire, le p\u00e8re Denys Bellut se sont bien entendus, malgr\u00e9 une diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge de trente ans.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en juillet 1958 qu&rsquo;il s&rsquo;installe dans la paroisse nouvellement fond\u00e9e sous le vocable du Sacr\u00e9-C\u0153ur. En plus de l&rsquo;\u00e9glise et du presbyt\u00e8re, il lui faut aussi construire une maison pour les s\u0153urs de l&rsquo;Education Chr\u00e9tienne qui viennent s&rsquo;installer sur la paroisse, ainsi que les trois derni\u00e8res classes de l&rsquo;\u00e9cole des gar\u00e7ons. Il retarde m\u00eame son cong\u00e9 d&rsquo;une ann\u00e9e pour laisser au p\u00e8re Grenot, qui va assurer l&rsquo;int\u00e9rim pendant son absence, une paroisse d\u00e9j\u00e0 bien structur\u00e9e et organis\u00e9e. Pendant son cong\u00e9 en 1960, il apprend que le sup\u00e9rieur r\u00e9gional avait d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;installer sur le terrain de la mission d&rsquo;Akpakpa et d&rsquo;y construire la maison r\u00e9gionale, comme pr\u00e9vu dans les nouveaux statuts. Il pense alors que le p\u00e8re Grenot, vice r\u00e9gional, deviendrait de fait le nouveau cur\u00e9 de la paroisse et qu&rsquo;il allait recevoir une nouvelle nomination. De fait, il va recevoir une nouvelle nomination, mais c&rsquo;est celle de vice r\u00e9gional, le p\u00e8re Grenot ayant d\u00e9missionn\u00e9 de sa charge. Son mandat lui est renouvel\u00e9 en 1964, avec le p\u00e8re Bothua comme r\u00e9gional. Ce dernier part en cong\u00e9 en 1966 et meurt en France, et Denys Bellut est nomm\u00e9 r\u00e9gional, charge qu&rsquo;il va remplir jusqu&rsquo;en 1974. Il laisse alors la direction de la paroisse d&rsquo;Akpakpa au p\u00e8re Germain Flouret.<\/p>\n<p>Dans sa lettre de nomination, on lit : \u00ab\u00a0Charge d\u00e9licate et importante qu&rsquo;avec la gr\u00e2ce de Dieu et les lumi\u00e8res de l&rsquo;Esprit-Saint, vous remplirez certainement encore avec beaucoup de z\u00e8le, de patience et de compr\u00e9hension, tant aupr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9piscopat et du Conseil provincial que parmi vos confr\u00e8res.\u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 on demandait de faire des contrats avec les \u00e9v\u00eaques. Il \u00e9crit lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Les \u00e9v\u00eaques africains avaient cette position : mais o\u00f9 est le probl\u00e8me ? Avec vous, on ne va tout de m\u00eame pas faire des contrats ! Vous \u00eates des n\u00f4tres, vous \u00eates nos p\u00e8res dans la foi ! et il fut impossible de parler contrat.\u00a0\u00bb Il devait parfois se montrer diplomate, mais ses rencontres avec les \u00e9v\u00eaques furent toujours amicales, sans anicroche. Il \u00e9crit : \u00ab\u00a0L&rsquo;essentiel de mon travail \u00e9tait tout trac\u00e9 par les Constitutions et le Directoire, mais son application souvent d\u00e9licate. J&rsquo;avais heureusement la r\u00e9f\u00e9rence qui m&rsquo;\u00e9tait comme instinctive : le p\u00e8re Bothua qui avait si bien r\u00e9ussi dans son contact avec les confr\u00e8res : \u00ab\u00a0Si Bothua devait r\u00e9gler cela, que ferait-il ?\u00a0\u00bb Il est r\u00e9gional pendant 8 ans, et c&rsquo;est le p\u00e8re Andr\u00e9 Desbois qui va le remplacer. La Province lui demande alors de devenir secr\u00e9taire provincial et \u00e9conome de la maison de la rue Hidalgo.<\/p>\n<p>Il accepte cette nomination en disant : \u00ab\u00a0C&rsquo;est un gros morceau, et je me demande s&rsquo;il faut \u00eatre inconscient ou pr\u00e9somptueux pour l&rsquo;accepter. Enfin, je m&rsquo;en remets \u00e0 votre d\u00e9cision. Personne n&rsquo;est bon juge dans sa propre cause, et j&rsquo;accepte puisque vous pensez que je peux faire l&rsquo;affaire. [\u2026] Je vais \u00eatre trait\u00e9 de l\u00e2cheur d&rsquo;abandonner le Dahomey, mais j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;y passer 23 ans, beaucoup d&rsquo;autres ne l&rsquo;ont pas eue. J&rsquo;accepte non par esprit de sacrifice, d&rsquo;abn\u00e9gation, mais en esprit fraternel, persuad\u00e9 que l\u00e0 encore je pourrai remplir un r\u00f4le missionnaire.\u00a0\u00bb Ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9couvert \u00e0 cette \u00e9poque ont pu appr\u00e9cier son esprit de service, son dynamisme, m\u00eame si parfois son temp\u00e9rament un peu sec pouvait surprendre. En juillet 1978, dans sa lettre de remerciement, le p\u00e8re Domas, provincial, \u00e9crit : \u00ab\u00a0Merci pour tout ce que tu as apport\u00e9 \u00e0 ceux qui ont v\u00e9cu avec toi, ton travail, ton amiti\u00e9, ton habilet\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu, ton humour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De retour au B\u00e9nin en octobre 1978, nomm\u00e9 cur\u00e9 d&rsquo;Abomey-Calavi, il ne tarde pas \u00e0 rentrer dans l&rsquo;esprit de la r\u00e9volution b\u00e9ninoise (!) ; en effet il signe une lettre envoy\u00e9e au Conseil provincial par les initiales suivantes : p.p.l.r. et l.l.c. Il ajoute qu&rsquo;il y a toute une s\u00e9rie de sigles que les \u00e9l\u00e8ves doivent apprendre pour le certificat et il traduit : \u00ab\u00a0pr\u00eat pour la r\u00e9volution et la lutte continue\u00a0\u00bb. Il entreprend la construction d&rsquo;une nouvelle \u00e9glise et ne m\u00e9nage pas ses forces au service de sa paroisse. C&rsquo;est sans doute pour cela que ses paroissiens ne sont pas avares pour lui t\u00e9moigner leurs sentiments. Il \u00e9crit en novembre 1982 apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration de sa f\u00eate dans la paroisse : \u00ab\u00a0Je suis toujours surpris de voir de telles manifestations d&rsquo;affection de la part de mes paroissiens que pourtant je ne m\u00e9nage pas.\u00a0\u00bb Il ajoutera m\u00eame quelques ann\u00e9es plus tard dans une autre lettre, dans laquelle il remercie Dieu de lui avoir donn\u00e9 un caract\u00e8re heureux qui lui permet de s&rsquo;\u00e9panouir dans sa vocation : \u00ab\u00a0Je ne me fais pourtant pas d&rsquo;illusions, je ne suis pas marrant tous les jours !\u00a0\u00bb Volontiers frondeur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des d\u00e9cisions gouvernementales, il reprend les processions au cimeti\u00e8re le jour de la Toussaint pour aller b\u00e9nir les tombes ; il organise une procession du Saint-Sacrement le jour de la f\u00eate de la paroisse, et il \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;avais gagn\u00e9 une bataille. [\u2026] Cette victoire remport\u00e9e \u00e0 Calavi fit en quelque sorte jurisprudence, et les cur\u00e9s des autres paroisses, dans la brousse comme \u00e0 Cotonou, obtinrent l&rsquo;autorisation d&rsquo;organise des processions pour la F\u00eate-Dieu ou des manifestations paroissiales.<\/p>\n<p>En 1987, il y a sur la paroisse le gros chantier du futur centre Br\u00e9sillac dont les travaux sont confi\u00e9s au fr\u00e8re Paul Flageul. L&rsquo;inauguration a lieu \u00e0 l&rsquo;automne 1988 ; il participe \u00e0 la pr\u00e9paration de la f\u00eate et il avoue que les habitants de Calavi sont tr\u00e8s fiers d&rsquo;avoir un \u00ab\u00a0s\u00e9minaire\u00a0\u00bb sur leur paroisse. A cette \u00e9poque, il est \u00e0 Calavi depuis dix ans d\u00e9j\u00e0, et quand il dit \u00e0 Mgr Adimou, l&rsquo;archev\u00eaque de Cotonou, puis \u00e0 Mgr de Souza, son coadjuteur, qu&rsquo;il va leur pr\u00e9senter sa d\u00e9mission conform\u00e9ment aux directives de la SMA, l&rsquo;un et l&rsquo;autre lui r\u00e9pondent qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;il quitte Calavi. Il va y rester encore 5 ans et son activit\u00e9 ne faiblit pas. En janvier 1990, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai repris contact avec les 11 villages que je dessers. [\u2026] Je me suis remis au travail mat\u00e9riel : j&rsquo;envisage la construction de deux chapelles et la r\u00e9fection totale de la toiture d&rsquo;une troisi\u00e8me.\u00a0\u00bb A cette \u00e9poque, il a Germain Flouret pour le seconder et bient\u00f4t Jacques Lalande va les rejoindre.<\/p>\n<p>On ne peut pas tourner la page de Calavi sans parler de l&rsquo;histoire d&rsquo;Emmanuel. Pour cela, laissons la parole au p\u00e8re Bellut lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Le soir du 1er mai 1990, apr\u00e8s le cat\u00e9chisme et la r\u00e9citation du chapelet \u00e0 Som\u00e9, Emmanuel accompagne en v\u00e9lo jusqu&rsquo;\u00e0 sa maison Romaine, une de ses compagnes du cat\u00e9chisme qui habite assez loin et se trouve seule \u00e0 rejoindre son village. A son retour, il fait d\u00e9j\u00e0 nuit ; des f\u00e9ticheurs le guettent, se jettent sur lui et l&#8217;emm\u00e8nent au couvent. Le cat\u00e9chiste me pr\u00e9vient dans la nuit. Je me rends au couvent le matin pour expliquer qu&rsquo;Emmanuel est cat\u00e9chum\u00e8ne, et qu&rsquo;il doit \u00eatre baptis\u00e9 un mois plus tard. Rien \u00e0 faire. Je vais voir les gendarmes. [\u2026] Monseigneur de Souza m&rsquo;introduit aupr\u00e8s du ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur. [\u2026] Les f\u00e9ticheurs ne c\u00e8dent pas. La premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai aper\u00e7u Emmanuel apr\u00e8s sa sortie du couvent, alors que je me rendais chez lui, il s&rsquo;est cach\u00e9 dans une chambre. Quand une seconde fois je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 sur le chemin, il s&rsquo;est enfui. Ses camarades, ses cousins, son fr\u00e8re ont repris contact avec lui ; petit \u00e0 petit la peur l&rsquo;a quitt\u00e9 et il a retrouv\u00e9 la paix. [\u2026] Quelques jours avant P\u00e2ques 1991, je passais non loin de chez lui, il se trouvait sur le bord de la route. [\u2026] Je lui dis : C&rsquo;est \u00e0 toi de nous dire ce que tu veux, si nous devons t&rsquo;appeler Emmanuel ou Aloya. Sans l&rsquo;ombre d&rsquo;une h\u00e9sitation, il m&rsquo;a r\u00e9pondu : Je m&rsquo;appelle Emmanuel et je suis chr\u00e9tien ; ce n&rsquo;est pas moi qui ai voulu \u00eatre vodunsi. Peu apr\u00e8s, son papa est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, puis sa maman. [\u2026] J&rsquo;ai pris la pr\u00e9caution d&rsquo;\u00e9loigner Emmanuel d&rsquo;Ou\u00e9ga. [\u2026] Aujourd&rsquo;hui, Emmanuel est libre, il sera bient\u00f4t baptis\u00e9 et fera sa premi\u00e8re communion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 1er janvier 1994, il devient sup\u00e9rieur de la maison de retraite de Montferrier et c&rsquo;est lui qui inaugure la nouvelle organisation de la maison, avec une directrice pour la maison de retraite, et lui sup\u00e9rieur de la maison au niveau de la SMA. D\u00e9limiter les pr\u00e9rogatives de chacun n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile au d\u00e9but et cela a engendr\u00e9 quelques heurts et quelques \u00e9changes de courrier, d&rsquo;autant plus que le caract\u00e8re du p\u00e8re Denys est du genre de ceux qui aiment les choses claires et les limites bien d\u00e9finies. Heureusement pour lui, au bout de trois ans, il sera lib\u00e9r\u00e9 de ce poste et pourra retrouver, au B\u00e9nin, la paroisse du Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e0 Cotonou, celle-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;il avait fond\u00e9e en 1958. Il trouve l\u00e0 une mission qui vivait des moments difficiles. Il ne fut pas long \u00e0 remettre les choses en ordre, en commen\u00e7ant par reconstituer un conseil pastoral paroissial sans aucune charge mat\u00e9rielle, un conseil financier et un comit\u00e9 des f\u00eates. Puis, il doit s&rsquo;occuper de tous les probl\u00e8mes mat\u00e9riels. Bien vite, il commence des travaux, boucher des trous dans la toiture de l&rsquo;\u00e9glise et du presbyt\u00e8re, cr\u00e9pir le pignon de la maison, construire une nouvelle sacristie ; il envisage m\u00eame d&rsquo;agrandir l&rsquo;\u00e9glise devenue trop petite malgr\u00e9 ses 1200 places. En octobre 1998, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Actuellement, nous sommes en pr\u00e9paration du \u00ab\u00a0quarantenaire\u00a0\u00bb que les paroissiens tiennent \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer. C&rsquo;est le 1er juin 1958 que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par Mgr Parisot de fonder la paroisse. Je crois qu&rsquo;il est assez rare que le fondateur se trouve comme cur\u00e9 de la paroisse qu&rsquo;il a fond\u00e9e 40 ans auparavant. Les paroissiens sont tr\u00e8s sensibles au fait que j&rsquo;aie eu l&rsquo;audace de me lancer dans l&rsquo;agrandissement de l&rsquo;\u00e9glise. Le gros \u0153uvre sera sans doute termin\u00e9 pour le 8 novembre, date de la c\u00e9l\u00e9bration. [\u2026] J&rsquo;aspire au repos et vous demanderai une ann\u00e9e sabbatique avant de d\u00e9cider de mon avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques mois de repos \u00e0 Montferrier, il se met au service du dioc\u00e8se de Nice. Il commence par faire \u00e9quipe avec le cur\u00e9 de Mandelieu La Napoule, o\u00f9 il va rester deux ann\u00e9es, puis en 2002 il est charg\u00e9 de seconder Jean-Paul Gournay \u00e0 Puget-Th\u00e9niers. Apr\u00e8s une ann\u00e9e, il va se retrouver seul dans cette paroisse, doyen d&rsquo;\u00e2ge des cur\u00e9s du dioc\u00e8se, titre auquel il ne peut pr\u00e9tendre, car, vu son \u00e2ge, il doit se contenter de celui d&rsquo;administrateur. Il reste l\u00e0, car son \u00e9v\u00eaque lui a dit que, s&rsquo;il partait, il n&rsquo;avait personne pour le remplacer. Les paroissiens appr\u00e9cient sa pr\u00e9sence et son travail. En 2007, il a maintenant 81 ans, il quitte le dioc\u00e8se de Nice et est nomm\u00e9 \u00e0 Montferrier pour une retraite amplement m\u00e9rit\u00e9e. Il se dit en bonne sant\u00e9, mais il doit cependant recevoir des proth\u00e8ses aux deux genoux, et il ajoute, non sans humour en 2010 : \u00ab\u00a0Les proth\u00e8ses sont garanties pour une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, alors je peux de ce c\u00f4t\u00e9 regarder l&rsquo;avenir avec optimisme.\u00a0\u00bb Il se trompait. Dans le courant de l&rsquo;ann\u00e9e 2011, sa sant\u00e9 d\u00e9clinait rapidement (insuffisance cardiaque) ; il demandait \u00e0 \u00eatre relev\u00e9 de sa charge de vice sup\u00e9rieur de la maison ; on le plaisantait en lui disant qu&rsquo;on n&rsquo;entendait plus sa voix r\u00e9sonner dans toute la maison. On se rendait compte que ses jours \u00e9taient compt\u00e9s. Une de ses s\u0153urs, Odile, \u00e9tait l\u00e0, qui l&rsquo;a veill\u00e9 jusque dans ses derniers moments, dans la journ\u00e9e du 2 janvier 2012 ; il avait eu 86 ans deux jours auparavant.<\/p>\n<p>Il repose maintenant dans le cimeti\u00e8re de la communaut\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines \u2013 Province de Lyon n\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 1925 \u00e0 Nanterredans le dioc\u00e8se de Nanterremembre de la SMA le 27 octobre 1947pr\u00eatre le 12 f\u00e9vrier&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":318,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-319","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-necrologe-sma"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=319"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/319\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4529,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/319\/revisions\/4529"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/318"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}