{"id":990,"date":"2015-01-22T10:31:23","date_gmt":"2015-01-22T10:31:23","guid":{"rendered":"https:\/\/bkpdefunts.smainternational.info\/?p=990"},"modified":"2015-01-22T10:31:23","modified_gmt":"2015-01-22T10:31:23","slug":"le-pere-ange-mabon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/?p=990","title":{"rendered":"Le P\u00e8re Ange MABON"},"content":{"rendered":"<p><strong>Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines \u2013 Province de Lyon<\/strong><\/p>\n<table style=\"height: 17px; width: 1025px;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-989\" src=\"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/MABON_Ange.jpg\" alt=\"MABON Ange\" width=\"113\" height=\"141\" \/><\/td>\n<td>n\u00e9 le 13 juin 1923 \u00e0 Saint-Jacut les Pins<br \/>dans le dioc\u00e8se de Vannes<br \/>membre de la SMA le 2 d\u00e9cembre 1944<br \/>pr\u00eatre le 31 octobre 1948<br \/>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 6 mars 2010<\/td>\n<td>\n<p>1949-1969 Boukomb\u00e9 (Natitingou), cur\u00e9<\/p>\n<p>1969-1997 Koussoukouangou (Natitingou), cur\u00e9<br \/>1997-1998 Rez\u00e9, soins m\u00e9dicaux<br \/>1998-2010 Montferrier, retir\u00e9<\/p>\n<p>d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Montferrier-sur-Lez, le 6 mars 2010,<br \/>\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Le p\u00e8re Ange MABON (1923 &#8211; 2010)<\/p>\n<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Saint-Jacut les Pins, une petite commune du Morbihan, dans le dioc\u00e8se de Vannes, pas tr\u00e8s loin de la mer, le 10 juin 1923. Ses parents sont cultivateurs. Comme son fr\u00e8re et sa s\u0153ur, il fr\u00e9quente d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9cole primaire de Saint-Jacut, puis il rentre \u00e0 Pont-Rousseau d\u00e8s le d\u00e9but de ses \u00e9tudes secondaires. Nous sommes en 1935 ; Ange a alors 12 ans. Il ne se fera pas remarquer de fa\u00e7on particuli\u00e8re durant sa scolarit\u00e9 : on note \u00e0 son sujet qu&rsquo;il est franc, liant, d\u00e9vou\u00e9, aimable, dou\u00e9 d&rsquo;une constitution robuste. En 1942, il \u00e9choue \u00e0 la premi\u00e8re partie du baccalaur\u00e9at. Il rejoint alors la maison de Martign\u00e9-Ferchaud pour la philosophie et le noviciat et, au bout de deux ans, il fait son premier serment dans la Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines en d\u00e9cembre 1944. La guerre n&rsquo;est pas termin\u00e9e : il fait son service militaire dans l&rsquo;aviation, durant l&rsquo;ann\u00e9e 1945, une partie en France, \u00e0 Vitr\u00e9 puis \u00e0 Marseille, et une autre partie en Alg\u00e9rie \u00e0 Mouzaiaville. A son retour en France, tout normalement, il va \u00e0 Lyon pour ses \u00e9tudes de th\u00e9ologie et est ordonn\u00e9 pr\u00eatre au d\u00e9but de sa quatri\u00e8me ann\u00e9e, le 10 octobre 1948. Il doit subir l&rsquo;ablation du m\u00e9nisque gauche en 1949. Mais il est suffisamment remis des suites de son op\u00e9ration pour que ses sup\u00e9rieurs l&rsquo;envoient, d\u00e8s la fin de son s\u00e9minaire, au nord du Dahomey : \u00ab\u00a0Le Conseil provincial vous a d\u00e9sign\u00e9 pour la pr\u00e9fecture apostolique de Parakou dirig\u00e9e par Monseigneur Faroud\u00a0\u00bb. Il s&#8217;embarque en novembre 1949 ; il rentrera d\u00e9finitivement en d\u00e9cembre 1997 : 48 ans sur la br\u00e8che !<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque, la pr\u00e9fecture de Parakou couvrait plus de la moiti\u00e9 nord du pays ; aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le territoire de cinq dioc\u00e8ses. Le p\u00e8re Mabon est envoy\u00e9 \u00e0 Boukomb\u00e9, station tr\u00e8s proche de la fronti\u00e8re du Togo, en plein pays somba c\u00e9l\u00e8bre par ses habitations en forme de petits ch\u00e2teaux forts. Cette station \u00e9tait fond\u00e9e depuis peu par le p\u00e8re Roger Collin, mais il ne s&rsquo;y plaisait pas. Il part d&rsquo;ailleurs en cong\u00e9 six mois apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e du p\u00e8re Mabon et ne revient pas, aussi le p\u00e8re Mabon peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le v\u00e9ritable fondateur de la mission. Il va y rester 20 ans. Les 27 ann\u00e9es suivantes, il va les passer \u00e0 Koussoukouangou, \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres sur la route de Natitingou. Au d\u00e9but, c&rsquo;\u00e9tait une station secondaire de Boukomb\u00e9 ; le p\u00e8re aimait bien s&rsquo;y rendre : il fondera ici une nouvelle mission dans un cadre merveilleux. Il est donc le v\u00e9ritable ap\u00f4tre du secteur. On ne peut dissocier ces deux p\u00e9riodes dans la vie du p\u00e8re : ce sont les m\u00eames populations, les m\u00eames probl\u00e8mes d&rsquo;une mission \u00e0 ses d\u00e9buts, les m\u00eames difficult\u00e9s de tous ordres. Mais le p\u00e8re reste le m\u00eame, jeune toujours, dynamique comme pas un, ardent au travail, passionn\u00e9 par la mission, aimant profond\u00e9ment les Sombas, un homme totalement d\u00e9vou\u00e9, un pr\u00eatre anim\u00e9 par une foi sans faille.<\/p>\n<p>En 1949, pour la Mission, c&rsquo;est encore l&rsquo;\u00e9poque des pionniers : le pr\u00e9fet apostolique r\u00e9side fort loin, les conditions mat\u00e9rielles sont difficiles : le v\u00e9lo est le seul moyen de locomotion et les distances sont grandes sur des pistes qui en m\u00e9ritent \u00e0 peine le nom ; chaque mardi, c&rsquo;est \u00e0 v\u00e9lo qu&rsquo;il faisait, aller et retour, les 50 kilom\u00e8tres qui le s\u00e9paraient de Natitingou pour aller y faire ses courses ! Les habitations sont en terre et couvertes en paille ; bien s\u00fbr pas d&rsquo;eau courante, pas d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, pas de frigo ; il avait pour lui une grande case en terre qui servait de chapelle le dimanche, de classe pendant la semaine, et il avait fait par le milieu une sorte de cloison derri\u00e8re laquelle il \u00e9tait chez lui avec un lit, une table et quelques chaises et des trous dans le mur pour laisser passer la lumi\u00e8re ; comme nourriture, il faut se contenter des produits de la r\u00e9gion, la boule de mil et l&rsquo;igname, et de la viande de chasse. Les chr\u00e9tiens ? au d\u00e9but il n&rsquo;y a gu\u00e8re que quelques fonctionnaires venus du sud ; il est seul, mais il est heureux et il a plein de projets.<\/p>\n<p>Par quoi commencer ? Construire des \u00e9coles ? mais les enfants n&rsquo;avaient pas envie d&rsquo;y aller et les parents ne tenaient pas \u00e0 les y envoyer. On raconte que, au d\u00e9but, deux semaines apr\u00e8s la rentr\u00e9e, l&rsquo;\u00e9cole \u00e9tait vide, tous les enfants s&rsquo;\u00e9tant enfuis ! Construire un logement, un \u00e9glise. Faire venir des religieuses pour s&rsquo;occuper de l&rsquo;\u00e9ducation des jeunes filles et des femmes. Etre attentif aux malades et aux pauvres dans le besoin. Ouvrir de petites routes pour rendre les villages plus accessibles et faciliter les communications. Apprendre la langue, le ditamari qu&rsquo;il parlait couramment, pour se faire accepter partout. Etre un t\u00e9moin joyeux de sa foi, en \u00e9tant bon, accueillant, ouvert \u00e0 tous. Il \u00e9crit un an apr\u00e8s son arriv\u00e9e : \u00ab\u00a0Une mission chez les Sombas est certainement une place de choix. [\u2026] Ce sont s\u00fbrement des pays d&rsquo;avenir. Actuellement, nous avons 11 chr\u00e9tiens, 2 stations secondaires qui marchent et 3 autres qui vont fonctionner sous peu si nous trouvons des cat\u00e9chistes. [\u2026] La vie est belle, et ceux qui craignent de ne plus trouver de brousse en arrivant en Afrique peuvent se rassurer. Il y a encore du travail missionnaire \u00e0 faire et il y en aura longtemps encore.\u00a0\u00bb (P\u00e2ques 1950)<\/p>\n<p>Tr\u00e8s attentif aux probl\u00e8mes des gens, en particulier des jeunes, il d\u00e9cida tr\u00e8s vite d&rsquo;am\u00e9liorer leurs conditions de vie. Lui, fils de cultivateur, il eut vite fait de rep\u00e9rer des bas-fonds o\u00f9 il y avait des terrains en friche : il fallait les utiliser, car, en fin de saison s\u00e8che, la soudure \u00e9tait parfois bien difficile. Il se lan\u00e7a alors dans la culture attel\u00e9e : dressage de b\u0153ufs, achat de charrues rudimentaires et formation directe sur place. Il organisa des groupes de jeunes, leur fournit des attelages qu&rsquo;ils devaient rembourser en plusieurs ann\u00e9es, pouvant ainsi acheter d&rsquo;autres b\u00eates qu&rsquo;il confiait \u00e0 d&rsquo;autres jeunes. Les agronomes belges venus \u00e0 Boukomb\u00e9 pour le d\u00e9veloppement des cultures \u00e9taient ses amis. Ils travaillaient ensemble. Bient\u00f4t Boukomb\u00e9 fut couvert de canaux creus\u00e9s selon les courbes de niveau pour retenir l&rsquo;eau de pluie dans les pentes. Les bas-fonds furent cultiv\u00e9s de riz, nouveaut\u00e9 pour la r\u00e9gion : les \u00e9tudiants avaient ainsi quelques ressources et gardaient un contact avec la terre ; et les gens non seulement pouvaient tenir plus facilement jusqu&rsquo;\u00e0 la saison des pluies, mais faisaient m\u00eame quelques b\u00e9n\u00e9fices en vendant une partie de leur r\u00e9colte.<\/p>\n<p>Il avait fond\u00e9 une coop\u00e9rative agricole : Copainville, c&rsquo;\u00e9tait le nom donn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9union de quelques jeunes du village pour une entraide agricole. C&rsquo;est vrai que, par ses origines, le p\u00e8re Mabon avait une grande exp\u00e9rience des cultures et des paysans. Il voulait que chaque Somba devienne responsable de son travail et qu&rsquo;il en vive. C&rsquo;\u00e9tait son obsession. A Koussoukouangou, avec l&rsquo;aide des Fr\u00e8res des campagnes, il d\u00e9veloppera aussi la culture de la pomme de terre et la cr\u00e9ation de jardins dans les bas-fonds pendant la saison s\u00e8che.<\/p>\n<p>Quand on lui parlait de minist\u00e8re, il \u00e9tait plein de confiance. \u00ab\u00a0\u00c7a viendra\u00a0\u00bb, disait-il. En arrivant, il trouve 11 chr\u00e9tiens, des employ\u00e9s de l&rsquo;administration, des infirmiers, mais personne de la r\u00e9gion. Puis, il y eut des cat\u00e9chistes, les vrais ap\u00f4tres des villages, sans lesquels le p\u00e8re est impuissant. Il faut au moins parler de Gabriel N&rsquo;Deta, cat\u00e9chiste \u00e0 Koutayagou, tout comme sa femme Catherine. Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de cette derni\u00e8re, il sera ordonn\u00e9 pr\u00eatre par Monseigneur Redois, en pr\u00e9sence de ses propres enfants. Aujourd&rsquo;hui bien diminu\u00e9 physiquement, il est toujours sur place, admirant certainement la longueur du chemin parcouru depuis le jour de sa premi\u00e8re rencontre avec le p\u00e8re Mabon. Apr\u00e8s les cat\u00e9chistes, il y eut les \u00e9coliers. Aux environs de 1960, les premiers \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles de la mission arrivent en fin de scolarit\u00e9. Certains vont continuer leurs \u00e9tudes dans le secondaire, mais le plus grand nombre doit rester au village. C&rsquo;est le moment o\u00f9 vont d\u00e9marrer, gr\u00e2ce \u00e0 eux, quelques groupes de JAC dont la paroisse va profiter. Apr\u00e8s les \u00e9coliers, il faut parler des s\u00e9minaristes. N&rsquo;est-ce pas l\u00e0 un signe de la Providence que, 50 ans apr\u00e8s la fondation de la paroisse, \u00e0 partir des 11 chr\u00e9tiens du d\u00e9but, il y ait aujourd&rsquo;hui un \u00e9v\u00eaque et 11 pr\u00eatres issus de cette paroisse, douze en tout, comme les ap\u00f4tres\u2026<\/p>\n<p>Il faudrait relire en entier les deux pages \u00e9crites par Mgr Pascal N&rsquo;Kou\u00e9, \u00e9v\u00eaque de Natitingou, \u00e0 l&rsquo;occasion des 50 ans de sacerdoce du p\u00e8re Mabon : \u00ab\u00a0C&rsquo;est le p\u00e8re qui m&rsquo;a donn\u00e9 le nom de Pascal, parce que je suis n\u00e9 pendant qu&rsquo;il c\u00e9l\u00e9brait la vigile pascale. C&rsquo;\u00e9tait le 29 mars 1959. Un mois plus tard, je recevais le bapt\u00eame de lui. Ange est donc celui qui m&rsquo;a engendr\u00e9 \u00e0 la vie divine. C&rsquo;est inou\u00ef, j&rsquo;en suis fier et j&rsquo;en rends gr\u00e2ce \u00e0 Dieu. [\u2026] Ange est un \u00eatre exquis, fin, plein de bonne humeur. Sa sympathie contagieuse est un puissant aimant qui lui attire beaucoup d&rsquo;amis, petits et grands. Il aimait notre terre comme sa propre terre. Sa bont\u00e9 et sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sont devenues proverbiales chez nous. Il donnait sans compter le peu qu&rsquo;il avait. [\u2026] On aimait sa compagnie. On savait qu&rsquo;on serait bien accueilli chez lui. On ne l&rsquo;entendait jamais se plaindre ni se lamenter. [\u2026] Les \u00e9coles ont toujours \u00e9t\u00e9 son grand souci. Il avait compris que le d\u00e9veloppement ne se fait pas avec un peuple ignare. [\u2026] Pour terminer, je voudrais souligner que le p\u00e8re Ange est l&rsquo;un des rares missionnaires \u00e0 avoir fait l&rsquo;effort d&rsquo;apprendre le ditamari. Il conna\u00eet nos traditions et nos coutumes ancestrales. Il est une biblioth\u00e8que vivante de notre patrimoine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Respect des coutumes : oui, en voici deux exemples : Les Sombas \u00e9taient nus. Le grand m\u00e9rite du p\u00e8re Mabon a \u00e9t\u00e9 de les prendre comme ils \u00e9taient. Il a commenc\u00e9 les \u00e9coles, puis le cat\u00e9chisme, puis les messes, sans pr\u00eacher le v\u00eatement. Eux, ils \u00e9taient fiers de leur nudit\u00e9 et se moquaient bien des gens habill\u00e9s. C&rsquo;est petit \u00e0 petit qu&rsquo;ils ont choisi de prendre un v\u00eatement. Il a \u00e9galement vite saisi l&rsquo;importance des f\u00eates coutumi\u00e8res, o\u00f9, bien s\u00fbr, l\u00e0 aussi la nudit\u00e9 \u00e9tait de rigueur : il avait en effet compris le r\u00f4le social de ces f\u00eates et n&rsquo;a jamais emp\u00each\u00e9 les baptis\u00e9s d&rsquo;y participer, m\u00eame s&rsquo;il \u00e9met quelques r\u00e9serves lors des c\u00e9r\u00e9monies d&rsquo;initiation. M\u00eame mieux, il avait pass\u00e9 un accord avec les f\u00e9ticheurs pour y venir lui-m\u00eame avec ses baptis\u00e9s. Si bien que Mgr Redois, apr\u00e8s 1964, y envoyait ses s\u00e9minaristes. Aujourd&rsquo;hui, on parle d&rsquo;inculturation ; le p\u00e8re Mabon l&rsquo;a pratiqu\u00e9e avant m\u00eame d&rsquo;en parler !<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a 28 ans que je vis au B\u00e9nin et j&rsquo;ai pens\u00e9 que ce ne serait peut-\u00eatre pas un luxe de prendre un peu de recul et de consacrer quelques semaines \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 la pri\u00e8re. Je n&rsquo;ai rien de bien pr\u00e9cis en vue ; je vous demande tuyaux et suggestions.\u00a0\u00bb \u00e9crit-il au Conseil provincial en janvier 1977. Le Conseil lui propose m\u00eame une ann\u00e9e enti\u00e8re de recyclage, mais il trouve que c&rsquo;est trop. Finalement, il fera la session de Mortain : deux mois de recyclage chez les P\u00e8res Spiritains. Ils seront trois confr\u00e8res \u00e0 cette session qu&rsquo;il trouve sympathique. A son retour, il atterrit \u00e0 Abidjan o\u00f9 il rejoint une 2CV qu&rsquo;il vient d&rsquo;exp\u00e9dier par bateau. \u00ab\u00a0Il a fallu faire de nombreux bureaux et collectionner un nombre impressionnant de signatures et de cachets pour sortir la voiture du port. En 3 jours, ensuite, il rejoint le B\u00e9nin. Sp\u00e9cialiste des crevaisons \u00e0 cause de la mauvaise qualit\u00e9 des pistes de la r\u00e9gion, cassantes, cahoteuses, caillouteuses, on raconte que, lors d&rsquo;une de ses tourn\u00e9es, il s&rsquo;arr\u00eate chez un confr\u00e8re qui loue sa prudence en voyant trois roues de secours encombrer l&rsquo;arri\u00e8re de sa 2CV. \u00ab\u00a0Ah ! Ah ! dit le p\u00e8re en riant, elles sont toutes les trois crev\u00e9es.\u00a0\u00bb Il \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 aussi pour ses nombreuses pannes d&rsquo;essence, au moins au d\u00e9but. C&rsquo;est certainement aussi le mauvais \u00e9tat des pistes qui va lui valoir un d\u00e9collement de la r\u00e9tine, cela ajout\u00e9 au fait qu&rsquo;il sortait toujours sans chapeau et sans lunettes de soleil.<\/p>\n<p>Pendant son cong\u00e9 en France, en 1990 il a plusieurs interventions \u00e0 l&rsquo;\u0153il : \u00ab\u00a0On me pr\u00eache la patience, mais ce n&rsquo;est pas facile. Les 25 m\u00b2 de ma chambre et les quelque 100 m de couloir, c&rsquo;est bien peu pour se fatiguer, et quand on lit difficilement, \u00e7a n&rsquo;arrange rien. Derni\u00e8re minute : Je repasse une troisi\u00e8me fois sur la table d&rsquo;op\u00e9ration. [\u2026] J&rsquo;accueille la nouvelle sans trop de surprise, car je m&rsquo;y attendais depuis quelques jours.\u00a0\u00bb (29\/11\/90) Il y perdra un \u0153il et terminera sa vie pratiquement aveugle. Mais il ne peut abandonner ainsi l&rsquo;Atacora. il faut qu&rsquo;il y revienne et reprenne ses activit\u00e9s. En avril 1993, on f\u00eate ses 70 ans. \u00ab\u00a0La messe r\u00e9unissait autour de l&rsquo;autel les 5 pr\u00eatres originaires de Boukomb\u00e9 (\u00e0 l&rsquo;exception de Pascal N&rsquo;Kou\u00e9 qui communiait de c\u0153ur depuis Rome), et le p\u00e8re Ramin lui-m\u00eame, sous les yeux attentifs de deux religieuses et de deux s\u00e9minaristes. Le P\u00e8re n&rsquo;a pas cach\u00e9 sa joie de se voir entour\u00e9 de pr\u00eatres autochtones qui sont le fruit de son labeur. [\u2026] Rappelons-nous que le p\u00e8re Mabon travaille d&rsquo;arrache-pied dans ce secteur depuis plus de 40 ans, dont 20 \u00e0 Boukomb\u00e9 centre et bient\u00f4t 23 \u00e0 Koussou. [\u2026] Et dire que le p\u00e8re tient encore debout et que son physique ne r\u00e9pond en rien \u00e0 celui d&rsquo;un septuag\u00e9naire. Vu le travail r\u00e9alis\u00e9 avec ardeur, le p\u00e8re Mabon m\u00e9rite plus que tout autre la paternit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de cette r\u00e9gion \u00e0 nos yeux, et n&rsquo;en doutons pas, aux yeux de Dieu aussi.\u00a0\u00bb (Jean-Paul Mangopa)<\/p>\n<p>Quelle honte aussi pour tous les habitants de l&rsquo;Atakora, quand ils apprennent que l&rsquo;un des leurs vient d&rsquo;agresser le p\u00e8re en pleine nuit et l&rsquo;a abandonn\u00e9 pour mort dans sa chambre apr\u00e8s lui avoir fracass\u00e9 le cr\u00e2ne et d\u00e9pouill\u00e9 de son portefeuille o\u00f9 se trouvait l&rsquo;argent qu&rsquo;il avait retir\u00e9 de la banque le jour m\u00eame ! C&rsquo;est vrai que le p\u00e8re a peut-\u00eatre manqu\u00e9 de prudence : jour et nuit, les cl\u00e9s restaient sur sa voiture ; sa chambre n&rsquo;\u00e9tait jamais ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9 ; il n&rsquo;a jamais accept\u00e9 de prendre un gardien&#8230; On ne sait exactement ce qui s&rsquo;est pass\u00e9. Le 5 janvier 1996, vers 1 heure du matin, le p\u00e8re reprend connaissance ; il est couvert de sang, ne se souvient de rien et r\u00e9ussit \u00e0 se tra\u00eener jusque chez son cuisinier \u00e0 plus de cent m\u00e8tres de sa maison. Les s\u0153urs le conduisent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Natitingou, transfusion, 5 plaies \u00e0 la t\u00eate, une au front, une derri\u00e8re la t\u00eate qui a caus\u00e9 une f\u00ealure du cr\u00e2ne, des bleus, une dent cass\u00e9e. Il doit rentrer en France et sa convalescence prend plus de temps que pr\u00e9vu. Il faut de plus lui enlever la rate en mars 1996. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai appris qu&rsquo;une rate normale pesait 200 grammes, celle qu&rsquo;on m&rsquo;a enlev\u00e9 pesait 1 kg 700 !\u00a0\u00bb Finalement, il peut retrouver le B\u00e9nin en mai 1996. Mgr Assogba, alors administrateur du dioc\u00e8se, est tout heureux du retour du p\u00e8re. Malheureusement, il est de nouveau rapatri\u00e9 en ao\u00fbt, mais quelques mois plus tard, il repart encore : ce sera la derni\u00e8re fois, car sa sant\u00e9 continue de lui poser des probl\u00e8mes. En septembre 1997, il a la joie d&rsquo;assister \u00e0 l&rsquo;ordination \u00e9piscopale de Mgr Pascal N&rsquo;Kou\u00e9, l&rsquo;un des 5 pr\u00eatres originaires de Boukomb\u00e9 \u00e0 cette date ; ce sera sa derni\u00e8re grande joie v\u00e9cue au B\u00e9nin. En d\u00e9cembre, il fait ses valises pour la derni\u00e8re fois. Apr\u00e8s quelques mois \u00e0 Rez\u00e9, toujours pour des soins pour ses yeux, il rejoint la maison de retraite de Montferrier<\/p>\n<p>Depuis 2003, il est pratiquement aveugle. M\u00eame s&rsquo;il continue \u00e0 promener sa bonne humeur dans la maison, la vie lui p\u00e8se. On le voyait pourtant encore r\u00e9guli\u00e8rement, chaque apr\u00e8s-midi apr\u00e8s le go\u00fbter, prendre l&rsquo;air sur le petit banc de pierre en haut de l&rsquo;entr\u00e9e de Montferrier, en compagnie des anciens de l&rsquo;Atakora, fumant un petit cigarillo et tenant des propos destin\u00e9s \u00e0 refaire \u00e0 leur fa\u00e7on le Nord B\u00e9nin ! Il n&rsquo;avait jamais quitt\u00e9 Koussou ; il y \u00e9tait toujours\u2026 Le 6 mars au soir, il \u00e9tait encore \u00e0 table avec ses confr\u00e8res, comme d&rsquo;habitude : une soupe, un yaourt et un peu de fromage blanc. Il a quitt\u00e9 la table sans probl\u00e8me, mais en tra\u00eenant la jambe comme depuis quelques semaines. Une demi-heure plus tard, il \u00e9tait mort sur son lit et la dame qui venait l&rsquo;aider \u00e0 se mettre au lit n&rsquo;a eu aucune r\u00e9ponse quand elle l&rsquo;a appel\u00e9.<\/p>\n<p>Pour conclure, je reprends le d\u00e9but de l&rsquo;hom\u00e9lie prononc\u00e9e le jour des obs\u00e8ques : \u00ab\u00a0La mort est toujours une \u00e9preuve, une souffrance pour la famille et les amis de celui qui les quitte ; elle est aussi souvent difficile et effrayante pour ceux-l\u00e0 m\u00eames qui la sentent venir. Pour Ange, au contraire, la mort \u00e9tait d\u00e9sir\u00e9e, souhait\u00e9e. Combien de fois n&rsquo;a-t-il pas dit \u00e0 la mort d&rsquo;un confr\u00e8re : quelle chance il a d&rsquo;\u00eatre parti, je souhaiterais que ce soit mon tour.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Africaines \u2013 Province de Lyon n\u00e9 le 13 juin 1923 \u00e0 Saint-Jacut les Pinsdans le dioc\u00e8se de Vannesmembre de la SMA le 2 d\u00e9cembre 1944pr\u00eatre le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":989,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-990","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-necrologe-sma"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/990","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=990"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/990\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/989"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=990"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=990"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.defunts.smainternational.site\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=990"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}