Société des Missions Africaines (SMA)

Internationale

Le Père Joseph NEYME

Société des Missions Africaines – Province de Lyon

NEYME Joseph né le 5 décembre 1933 à Lyon
dans le diocèse de Lyon, France
membre de la SMA le 16 juillet 1958
prêtre le 1er juillet 1961
décédé le 10 avril 1998

1961-1962 Le Rozay (Lyon, année pastorale)
1962-1964 Baudonne, professeur
1964-1965 Parakou, Bénin, petit séminaire
1965-1968 Parakou, cathédrale
1969-1978 Gogonou (Parakou), centre catéchétique
1979 Pobè (Porto-Novo)
1979-1983 Lyon, 150, supérieur
1983-1994 Banikoara (Parakou)
1994-1995 Paris, année sabbatique
1995-1998 Kandi, Bénin

décédé à Kandi, Bénin, le 10 avril 1998
à l’âge de 64 ans

Le père Joseph NEYME (1933 – 1998)

Né à Lyon le 5 décembre 1933, Joseph est baptisé le 8, jour de la fête de l’Immaculée Conception. Ils sont cinq frères et sœurs dans la famille ; René, son frère aîné, sera ordonné prêtre le même jour que lui. Dès l’âge de 11 ans, à la fin de la guerre, il entre à Chamalières et, en 1949, il rejoint Pont-Rousseau. Il fait ensuite une année de philosophie scolastique à Chanly, puis, en 1954, commence à Lyon ses études de théologie. Au bout de 6 mois, elles sont interrompues par le service militaire. La guerre d’Algérie en est alors à ses débuts et, comme tous les jeunes de sa classe, Joseph est maintenu sous les drapeaux pendant 28 mois. Durant cette période, il saura mettre à profit un accident pour acquérir la formation d’infirmier ; cela lui vaudra de passer la plus grande partie de son service dans cette fonction, et, plus tard, cela lui facilitera beaucoup son premier contact dans les villages du Nord Bénin.

A son retour de l’armée, après une année de noviciat et la fin de ses études théologiques, il est ordonné prêtre, ainsi que son frère, dans sa paroisse à Lyon ; nous sommes en 1961. Sa première nomination, après une année de pastorale, l’envoie à Baudonne comme professeur ; il n’y reste que deux ans et reçoit, avec une immense joie, une affectation pour le vicariat de Parakou, au Dahomey. Il passe d’abord une année au petit séminaire, puis deux comme vicaire à la cathédrale de Parakou. Il ne peut se contenter de rester à la mission à l’écoute des seuls chrétiens. Chaque soir, à la tombée du jour, il part dans les quartiers et les villages des environs, accompagné d’un chrétien, à la rencontre et à l’écoute des gens : familles, enfants, vieux, groupes de quartiers. La nuit est propice aux confidences, c’est là qu’il va découvrir l’âme et la sagesse de ce peuple, retenant proverbes et dictons.

La proposition de son évêque de créer un centre de formation de catéchistes rentre tout à fait dans son optique et il l’accueille avec joie. Ce centre est établi à Gogonou. Il définit ainsi l’orientation qu’il veut lui donner : aider des jeunes paysans à devenir plus hommes, plus libres, présenter le message chrétien de façon très simple, en s’appuyant sur la Parole de Dieu et la culture traditionnelle, travailler aussi avec les femmes des catéchistes. Constructions, visites, soins aux malades, il semblait infatigable. Il avait surtout une faculté d’écoute, de compréhension de l’autre, une patience, absolument remarquables. Rapidement, il s’acquiert, ainsi, le respect et l’amitié de toute la population.

A partir de 1974, la Révolution prend au Bénin un tournant plus dur. Des « intellectuels » prennent ombrage de l’influence et de la sympathie que la population porte au père. C’est vrai qu’il avait son franc-parler. En 1978, alors que d’autres pères sont expulsés du pays, Joseph est écarté discrètement de Gogonou et il se retrouve à Pobè, dans le diocèse de Porto-Novo. Un an plus tard, le Conseil provincial lui demande de prendre la direction de la maison de Lyon, le 150. Il accepte : Je vois bien que vous vous faites des illusions sur mes capacités à remplir la fonction que vous me proposez, […] mais j’ai senti que cette demande venait d’un Autre et que les arguments raisonnables du pour et du contre devaient être dépassés (lettre du 22 février 1979).

Il reste quatre ans à Lyon, « par obéissance », et repart au Bénin en 1983. Il est nommé curé à Banikoara, où il va rester 11 ans. Pour apprécier à sa juste valeur le rôle joué par Joseph sur cette paroisse Notre-Dame du Borgou, voici quelques extraits de l’article écrit par Jean-Baptiste Gampassounon, dans la Croix du Bénin du 27 novembre 1998, témoignage signé par quelqu’un du pays : Homme de prière et convaincu de la place primordiale de la prière dans la vie de l’homme, il initia la prière hebdomadaire dans les quartiers de Banikoara, en plus de la messe du dimanche et lança ensuite une campagne pour le respect du repos dominical. Les chapelles, dans les villages, commencèrent à se remplir.[…] Ceux auxquels il a été envoyé, il les aimait et cherchait constamment leur bien. En dépit du nombre des stations (75), il les visitait chacune, le plus régulièrement possible, même les plus éloignées. C’était un homme d’accueil, il s’était fait Baatonu avec les Baatombu.[…] Par delà toute cette sollicitude, il est à noter ses multiples aides aux malades de toutes conditions, de toutes confessions, et surtout les diverses solutions qu’il a apportées au crucial problème de l’eau. Plusieurs villages lui doivent leur puits.[…] Il fut un défenseur des droits de l’homme, surtout des plus pauvres. Il fut un pasteur qui eut toujours souci de la vie de son peuple, aussi bien dans ses besoins matériels que dans ses aspirations spirituelles.[…] Le nouveau nom de baptême que le père Neyme a reçu, en milieu baatonu, est celui d’homme de Dieu. Il le mérite.

Pendant son temps à Banikoara, deux événements ont particulièrement marqué Joseph: la mort tragique de son frère René, ordonné prêtre le même jour que lui, et l’ordination du premier prêtre du Nord Borgou à Banikoara même : deux événements qu’il a vécus dans une foi profonde, comme une rencontre spéciale du Seigneur dans sa vie.

En 1994, après 11 ans passés à Banikoara, il éprouve le besoin de souffler. Il fait alors une année de recyclage à la Faculté Catholique de Paris, qu’il termine par un pèlerinage en Israël. La formation reçue et les échanges avec des missionnaires du monde entier vont le confirmer dans ses recherches sur l’inculturation. Avant même la fin de cette année, il reçoit l’annonce de son prochain retour au Bénin. Il est envoyé dans le tout-nouveau diocèse de Kandi, érigé au début de l’année 1995. Joseph sera chargé de fonder une nouvelle paroisse dans la ville. Tout est à faire. Il écrit : Expérience de pauvreté et de dépendance qui m’invite à mieux apprécier la sympathie et la bonne volonté de mes paroissiens, en majorité des petites gens. Les difficultés ne manquent pas. Il ajoute : La tâche est immense.[…] Je suis souvent obligé de faire appel à saint Joseph (le patron de la paroisse) et redécouvre ainsi les vertus exceptionnelles de ce personnage unique. Je poursuis le sillon à la vitesse d’un sexagénaire, mais je sens que la terre est bonne et laisse au semeur le soin de jeter la semence. Il est heureux de voir qu’une certaine élite chrétienne bariba est en train de naître : Tous les grands du pays bariba ne sont pas forcément musulmans, comme l’affirment les musulmans. Même si l’Eglise catholique est minoritaire, il est tout de même nécessaire qu’elle attire les élites.

Fatigué après une forte crise de paludisme en début de semaine, il meurt le vendredi saint 1998 à Kandi et repose désormais sur la colline où se trouve l’église qu’il venait de construire. Il est dommage qu’il n’ait pas toujours été bien compris, bien accepté. Sa volonté de prendre en compte l’homme dans sa totalité a fait que certains n’ont pas toujours su voir en lui son grand souci missionnaire, sa très grande foi, son zèle à toute épreuve (témoignage de Jean Thébault).