Société des Missions Africaines (SMA)

Internationale

La Sœur Jeanne BROCHARD

Société des Missions Africaines

BROCHARD Jeanne née le 10 décembre 1939
dans le diocèse de Charente Maritime (France
membre honoraire de la SMA
décédée le 21 novembre 2003
 

La Sœur Jeanne BROCHARD (1929 – 2003)

La Sœur Jean-Albert Jeannine Brochard est née le 10 décembre 1929 à Yves dans le département de Charente Maritime en France, d’une bonne famille chrétienne.

Au cours de ses études couronnées par le le diplôme d’institutrice, elle a senti l’appel du Seigneur pour la vie religieuse missionnaire. Sans la moindre hésitation, avec le consentement de ses parents, le 21 novembre 1948, fête de la Présentation de la Vierge Marie au temple, elle fit joyeusement son entrée dans la Congrégation des Sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré- Cœur.

Cinquante cinq ans après, agonisante sur le lit de la souffrance, toute lucide, Sœur Jeannine avait eu un moment, la sensation que le Seigneur, éloigné, se faisait attendre. La Supérieure Régionale qui l’assistait, la rassura, lui disant à l’oreille : « Ma Sœur, abandonne-toi entre les mains de Dieu qui est tout proche, comme tu es en train de le faire. » – « Ah ! Que c’est beau ! » soupira Sœur Jeannine… et ce furent ses dernières paroles ; puis elle rendit son âme à Dieu. Le 21 novembre 2003, fête de la Présentation de la Vierge au temple… Le Seigneur a tant de gestes délicats dans nos vies que nous sommes profondément émus de les découvrir. […]

Sœur Jean-Albert avait 19 ans quand elle entra dans cette belle congrégation missionnaire. Le 1er juin 1951 fut le jour béni où elle prononça, avec la sincérité de son cœur, ses premiers vœux de religion auxquels elle est restée fidèle jusqu’au bout. Très peu de temps d’expérience de vie communautaire et d’apostolat à Fréjus, en tout 9 mois, suffit aux supérieurs pour détecter les aptitudes peu ordinaires qu’elle portait en elle et pouvoir s’adapter aux conditions difficiles de la vie en pays de mission.

Le 21 août 1953, elle s’embarqua pour Boniérédougou en Côte d’Ivoire. Elle y travailla pendant cinq ans. C’est dans ce premier poste de mission qu’elle fit sa profession perpétuelle le 28 juin 1957.

Atakpamé fut le second poste de son affectation missionnaire où elle servit dans le vicariat apostolique de Lomé pendant 5 mois seulement : d’avril 1959 au mois d’août 1959, date de l’arrivée dans cette ville des Sœurs de la Providence de Saint André de Peltre. Sœur Jean-Albert fut alors affectée dans la communauté de Tomegbé où ses consœurs tenaient le dispensaire maternité, œuvre que le Père Raymond Cottez avait initiée de façon embryonnaire depuis les années 40 des temps héroïques de la deuxième guerre.

C’est à Tomegbé que Sœur Jean-Albert s’est vraiment dévouée et a donné toute la mesure de sa capacité d’institutrice à l’école de la mission, pendant 12 ans. Toute l’élite féminine des 9 villages du Litimé, des nouvelles localités en germination galopante dans les cacaoyères des régions frontalières du Togo – Ghana, ainsi que des villages du plateau desservis par les Pères sma, Cottez, Simon, Hussherr , Brétillot et Georges Klein, puis le Père Charles Rœsch, sont pratiquement, directement ou indirectement, sortis de ses mains, comme fruit de son dévouement. Sœur Jean-Albert était à la fois, maîtresse femme, religieuse exigeante pour elle-même, éducatrice compétente, n’admettant pas de demi-mesure chez ses élèves. Plusieurs religieuses, professeurs d’université et de C.E.G, infirmières d’état, bonnes épouses et mères de familles chrétiennes lui doivent ce qu’elles sont aujourd’hui dans la société et dans notre Eglise.

Après Tomegbé, l’obéissance l’envoya à Sokponta au Bénin, de septembre 1971 à septembre 1972. De là, à l’âge de 43 ans, elle arriva à Lomé en octobre 1972. Avec l’accord de ses supérieures, elle s’adonna pendant 3 ans aux études sociales. Cette formation la prépara pour affronter son nouveau champ d’apostolat très difficile.

D’abord à la brigade pour mineurs pendant 9 ans : de 1975 à 1984. Ensuite au foyer des enfants de la rue pendant 19 ans : de 1975 à 2003. Service ardu, exténuant, plein de risques et d’imprévus où Sœur Jeannine ne ménagea ni son temps, ni sa santé ! Il lui a fallu beaucoup de courage et de cran.

On se demande comment elle a pu tenir toute seule ! En outre, à partir de 1990, elle a été en lien avec le consulat français. Là- dessus, écoutons ce bref témoignage de Monsieur le Consul de France au Togo :

Par sa connaissance intime des problèmes sociaux au Togo, son expérience irremplaçable des drames de l’enfance abandonnée et son activité en faveur des plus déshérités, Sœur Jeannine a participé intensivement aux activités sociales du consulat de France à Lomé.

Elle était membre de plusieurs commissions consulaires (bourses scolaires, handicapés, affaires sociales). Elle effectuait les enquêtes auprès des familles françaises dans le besoin et faisait bénéficier les autorités françaises de son précieux concours chaque fois que ces derniers faisaient appel à elle.

Sœur Jeannine était chevalier de l’ordre national français du mérite et chevalier de l’ordre national français de la légion d’honneur.

Voilà somme toute une existence bien remplie ! On comprend que le gouvernement togolais lui ait conféré la distinction honorifique de l’Ordre du Mono. L’Etat français a beaucoup apprécié la qualité de ses services et l’a faite chevalier de l’ordre national français du mérite et chevalier de l’ordre national français de la légion d’honneur.

A 74 ans, le Divin Maître l’a rappelée dans la maison de son Père pour lui remettre la récompense promise à ses bonnes et fidèles servantes. Sœur Jeannine m’a dit à plusieurs reprises son désir d’être enterrée à Tomegbé. Mais présentement la paroisse Notre Dame de Lourdes de Tomegbé traverse une période très diffcile : elle n’a ni prêtre, ni religieuses ! Ou plutôt il y a le Père Raymond Cottez et Sœur Maxime qui y sont enterrés.

« Sœur Jeannine, tu vas les rejoindre au ciel auprès du Christ et de la Vierge Marie. Intercède avec eux pour que cette paroisse en proie à l’offensive des sectes, retrouve, dans les plus brefs délais, sa vie normale et la place qui lui revient dans l’Eglise – famille de Dieu qui est à Atakpamé. C’est cette mission que nous te confions ».

Au nom de l’Eglise de Lomé, je présente mes sincères condoléances à sa grande sœur Simone Boucher, qui, à 81 ans, à fait le déplacement de Lomé pour participer aux obsèques de cette vaillante religieuse missionnaire. Mes sincères condoléances également à tous les autres membres de la famille Brochard et à toutes les consœurs de la Congrégation des Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur représentées ici en ce jour par la Sœur Marie-Hélène, économe générale et Sœur Anne-Marie, Supérieure Régionale qui l’a bien fraternellement assistée en ces derniers jours.

Que par la miséricorde de Dieu, Sœur Jeannine repose en paix.

29 novembre 2003, paroisse Saint-Antoine Hanoukope